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1 et 2 pierre, des pseudépigraphes ?

Mis à jour : juil. 14


L'épitre "1 Pierre" est considérée par une bonne partie des érudits comme un écrit pseudégraphes (texte faussement attribué à un auteur qui ne l'a pas écrit) et l'épitre "2 Pierre" est quant-à elle considérée par la majorité des érudits comme un pseudépigraphe. Raymond E.Brown apporte plusieurs arguments pour soutenir la pseudonymie de ces deux épitres, en voici un résumé :

1 Pierre

  • L'écrivain s'appelle lui même "Pierre" plutôt sue Simon ou Simon Pierre. Cela semble être la marque d'un disciple dont l'autorité implicite serait soulignée par cette désignation symbolique.

  • Il est douteux que le respect recommandé pour l'empereur en 1 Pierre 2.13-17 date du temps de la persécution sous Néron (64-68) ou des dernières années du règne de Domitien (81-96). Une pastorale pour l'Asie mineure exercée à partir de Rome serait plus compréhensibles après 70 et l'usage du terme "Babylone (1 Pierre 5.13) a plus de sens après 70 quand les romains eurent détruit le second temple et toutes les attestation de cet usage symbolique du nom apparaissent après 70. Ces éléments conduisent à conclure en faveur d'une date entre 70 et 90 ap J.C [1].



2 Pierre

  • L'auteur cite l'épitre de Jude à plusieurs reprises sans citer sa source.

  • L'époque de l'épitre est éloignée du temps où Paul s'opposait à Pierre et Jacques les "colonnes" de l'église mais l'épitre est plus proche de 1 Clément 5.2-5 écrite entre 96 et 120 qui parle de Pierre et Paul comme des colonnes de l'église.

  • Au 2ème siècle les judéo-chrétiens de la littérature pseudo-clémentine exaltaient Jacques à l'encontre de Paul et Marcion exaltait Paul comme le seul apôtre, l'auteur de 2 Pierre agit comme un médiateur et cherche à tenir ensemble les divers héritages.

  • Une comparaison entre 1 Pierre et 2 Pierre montre que le même écrivain ne put composer les deux oeuvres. En 1 Pierre on trouve des citations de l'Ancien testament et non en 2 Pierre, 60% du vocabulaire de 2 Pierre ne se trouve pas en 1 Pierre, le style est plus solennel voir pompeux et laborieux et la manière de se situer vis-à-vis de question comme celle du second avènement est tout à fait différente.

  • L'épitre vient après la disparition de la génération apostolique et la désillusion par rapport à l'attente d'un second avènement du vivant des apôtres (2 Pierre 3.4 donc après 80) ; après 1Pierre ; après l'épitre de Jude.

  • L'harmonisation des figures de Pierre et Paul pour en faire des autorités consonantes avec une supériorité pour Pierre appuie aussi une datation tardive. [2]

Le proffesuer Jacques Schlosser apporte lui aussi des arguments contre l'apostolicité des deux épitres

1 Pierre

  • L'emploi du pseudonyme "Babylone" pour désigner Rome est difficilement pensable avant 70.

  • La présence de presbytes (1 Pierre 5.1-5) dans les communautés d'Asie mineure suppose un stade postérieur à Paul et les porteurs des Pastorales laisse entendre que nous somme avant les Pastorlaes.

  • La diffusion de l'Évangile dans le nord de l'Asie Mineure va bien au delà des provinces déjà touchés du temps de Paul, ce qui suppose du temps, d'autant plus qu'à la différence des provinces évangélisées d'abord, celles du nord étaient plus rurales qu'urbaines. Il parait préférable de placer notre lettre entre 70 et 90.

  • Dans la lettre rien ne confirme directement que l'apôtre Pierre soit l'auteur. Les références aux paroles de Jésus (1P 2.12//Mt 5.16 ; 1P 3.14, 4.14//Mt 5.10-12) ne supposent pas autre chose qu'un contact avec la tradition.

  • La forte prétention de l'auteur d'être un témoin de la souffrance du Christ (1P 5.1) elle est exprimé à travers une longue apposition au sujet dépourvue de verbe, elle ne comporte donc pas de référence explicite au passé et désigne sans doute le témoignage existentiel du confesseur plutôt que le témoignage oculaire de celui qui se trouvait là au bon moment.

  • Le grec est de très bonne qualité et le maniement de l'Écriture est presque professionnelle ce qui surprend pour un pêcheur du Lac de Galilée et la possibilité que Pierre ait confié la rédaction de sa lettre à un secrétaire est une hypothèse invérifiable. Sylvain n'est probablement pas présenté comme tel en 1P 5.12 cet l'expression "écrire par quelqu'un) désigne le plus souvent le porteur d'une lettre er non son auteur ou un secrétaire. [3]


2 Pierre

  • La différence avec 1 Pierre est très nette, une familiarité étonnante avec la culture hellénistique, comme le montrent sa propension pour la "connaissance" (quatre emploi de έπίγνωσις et deux emplois en 2.21 du verbe correspondant), son intérêt pour les vertus grecques ainsi que l'emploi d'un terme technique des mystères.

  • Un vocabulaire recherché (nombres proportionnellement élevé d'hapaxlegomena et de mots composés).

  • Un style qui se caractérise par de nombreux génitif enclavés.

  • Une situation évoluée avec la référence à toutes les lettres de Paul (2P 3.16) qui laisse entendre l'existence d'un collection déjà faite ce qui n'est guère pensable avant la fin du premier siècle.

  • Dans sa reprise de Jude l'auteur omet la citation de 1 Hénoch 1.9 (Jude 14) ce qui est peut être un signe d'une conscience canonique en cours de formation.

  • L'allusion à des divergences sur l'interprétation des lettres de Paul tend à mettre Paul au même pied que les "autres écritures", l'autorité de Paul à côté de Pierre ressemble à 1 Clément 5.

  • La mention des négateurs de la parousie mentionné dans l'épitre appuie sans doute leurs positions sur la disparition effective du corps apostolique. [4]

Il existe encore d'autres arguments contre l'apostolicité des deux épitres, par exemple 1 Pierre possède une dépendance par rapport aux écrits de Paul, les allusions à une "fournaise de l'épreuve (1P 4.12) et à l'expérience de la souffrance attendue de la communauté à travers le monde (1P 5.9) qui sous-entend une persécution universel alors qu'il n'y en a pas eut pas au temps de Pierre ou encore que l'apostolicité de 2 Pierre a été discutée dans les premiers siècles de l'église.



Comme on le voit les arguments revendiqués par les modernistes sont de qualités et il n'est pas possible de les ignorer et de les balayer d'un revert de main. Mais comme pour beaucoup de sujets il existe des arguments qui vont dans le sens inverses et qui ne sont pas un fantasme d'amateur. De nos jour les partisans des positions traditionnels (comme moi) sont souvent caricaturés comme des personnes refusants l'évidence de la recherche qui a démontrée que ces positions sont scientifiquement intenables. Malheureusement il y'a une part de responsabilité de notre coté puisque aujourd'hui la majorité des tenants de postions traditionnelles toutes branches confondus (je parle principalement des chrétiens actifs dans les commentaires YouTube) ne sont pas capable de défendre ses positions, à partir de là c'est une aubaines pour nos adversaire mais peut-on leurs reprocher ? Nous devons faire de notre mieux pour connaitre les arguments nous permettants de défendre nos positions et nous ne devons pas avoir peur de lire nos opposants, en fait je pense que c'est indispensable de lire et de comprendre ceux avec qui l'on est en désaccord et d'être prêt à accepter de revoir ses postions sur des points "critiques" si les arguments en face sont convaincants et les nôtres non, ceci est aussi valable pour nos opposants qui généralement se contentent d'auteurs modernistes comme Raymond Brown, Daniel Marguerat etc.

Bien évidement ou pourrait toujours me dire que suis "orienté" car étant croyant tout ce que je vais dire sur la deux épitres arrange ma croyance, c'est vrai et je ne le nierai pas mais le raisonnement est tout autant valable en sens inverse, un athée, agnostique ou autres trouvera problématique de reconnaitre qu'un témoin oculaire de Jésus témoigne que le Christ est ressuscité. La meilleurs solution sera d'adopter une position intermédiaire en disant que les épitres ont été écrites par un non témoin oculaire ou une école "pétrinienne" ce qui réduira grandement la force des épitres. Il sera alors beaucoup plus facile à un athée (ou autres) d'expliquer les mentions de la résurrection, quoi que l'on en dise je suis convaincu qu'un athée/agnostique est tout autant orienté qu'un chrétien lorsqu'il se penche sur ses sujets car lui aussi verra toutes ses conclusions orientées par sa croyance.



Pour présenter les arguments des conservateurs je vais procéder étape par étape en répondant arguments avancés par les modernistes à sa voir :

1 Pierre

  1. Cohérence de l'appellation "Pierre" et non Simon Pierre.

  2. Une persécution universelle ?

  3. L'emploi du pseudonyme "Babylone".

  4. La présence des presbytre témoigne d'un stade post-Paul ?

  5. L'évangélisation déjà présente en Asie Mineure, un argument pour une date entre 70 et 90 ?

  6. Une dépendance à Paul ?

  7. Un grec de trop bonne qualité et Sylvain était simplement le porteur de la lettre ?




2 Pierre :


  1. La reprise de Jude, un argument imparable ?

  2. La mention des lettres de Paul pose un problème ?

  3. Des éléments tardifs dans l'épitre ?

  4. Trop de différences entre les 2 épitres ?

  5. La réception des deux épitres dans l'Église.

  6. La pseudonymie était-elle acceptable ?


1 Pierre


1.Cohérence de l'appellation "Pierre" et non Simon Pierre.

Brown soutient que si Pierre avait écrit l'épitre il se serait appelé "Pierre" et non "Simon Pierre", malheureusement il développe absolument pas son point de vu et donne plus sa logique qu'autre chose. Quant on regarde les écrits du Nouveau Testament l'apôtre Pierre et nommé de plusieurs façon (Simon Pierre Mt 16.16, Pierre Mt 14.28, Céphas Ga1.18) et dans les lettres de Paul qui sont incontestés on voit que ce dernier se désigne lui même de plusieurs manières (Paul serviteur de Jésus Christ appelé à être apôtre Rm 1.1, Paul, appelé à être apôtre de Jésus Christ 1Co 1.1, Paul, apôtre de Jésus Christ 2Co 1.1, Paul, apôtre Ga 1.1, Paul 1Th 1.1, Paul prisonnier de Jésus Christ Ph 1.1). À partir de là on ne peut pas considéré que si Pierre avait écrit 1 Pierre il aurait du se désigner par "Simon Pierre" car une même personne pouvait se désigner de plusieurs façons, l'argument n'est au final qu'une hypothèse hasardeuse.


2. Une persécution universelle ?

Certains commentateurs ont soutenu que l'épitre contient des références à une persécution universelle alors qu'il n'y en eut pas au temps de St Pierre mais il y'en a eu après notamment entre 64-68 ap J.C avec Néron, 81-96 avec Domitien et Trajan entre 98-117. Les raisons qui ont poussés certains commentateurs à voir une persécution universelle à travers l'épitre sont qu'en 1P 4.12 il est fait mention d'une fournaise ardente et que 1P 5.9 parle de l'expérience de la souffrance de la communauté à travers le monde ce qui soutiendrait l'idée d'une persécution universelle. Brown qui soutient la pseudépigraphie de 1 Pierre ne trouve pas cet argument convainquant et nous dit que ces passages peuvent se borner à évoquer des tracasseries et l'exigence chrétienne commune de porter sa croix [5]. Sur ce point je rejoint entièrement Brown. La mention de la fournaise ardente en 1P 4.12 est comme le souligne Karen H.Jobes, probablement inspiré du proverbe de Sénèque (l’or s’éprouve par le feu, le courage par les malheurs [6]), la comparaison entre les épreuves et la fonte de l'or est aussi mentionné en 1P 1.17. Par conséquent "la fournaise ardente" n'est probablement pas une référence à la persécution physique des chrétiens par des romains mais est plutôt une référence aux épreuves auxquelles les chrétiens ont de tous temps été confrontés.

La mention en 1 Pierre 5.9 de "la souffrance" qu'endure la communauté à travers le monde ne reflète pas non plus une persécution universelle comme le montre le contexte du verset :

  • 1P 5.8 Soyez sobres, veillez ; votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rode autour de vous, cherchant qui dévorer. 9 Résistez-lui, fermes dans la foi, sachant que vos frères dispersés dans le monde, endurent les mêmes souffrances que vous.

Dans ces versets il est question de "rester sobres", de "veiller" et de "résister au diable"car le diable rode cherchant des chrétiens à dévorer, il est ici question de garder la foi face aux épreuves et autres tentations auxquelles les chrétiens sont confrontés, ce sont ces souffrances dont l'auteur de l'épître parle [7] et un examen attentif de l'épitre vient démontrer que la nature de la persécution dans l'épitre n'est pas d'ordre universelle.

La question réthorique en 1P 3.13 "Et qui pourra vous faire du mal, si vous êtes appliqués à faire le bien ?" n'a pas vraiment de sens dans un contexte de persécution universelle. En 1P 3.14 il est dit aux lecteurs "heureux lorsque vous souffririez pour la justice", en 4.14 "heureux si vous êtes outragés pour le nom du Christ", en 1.6-7 il est dit qu'ils sont "affligés par divers épreuves" afin leur foi soit éprouvée, en 2.12 il leur est demandé 'd'avoir une bonne conduite parmi les païens" et les souffrances corporelles auxquelles les lecteurs sont exposés sont décrites dans le contexte de souffrir "dans la chair" et de "rompre avec le péché" (4.1) pour ne pas être comme les païens (4.2-3) qui ne comprennent pas leur bonne conduite et qui outrages les croyants (4.4) et les description des autorités dans l'épitre sont relativement retenues par rapport au livre de l'Apocalypse qui a été écrit dans un contexte de persécution. J.Daryl Charles conclut que ce qui ressort de ces versets donne l'impression d'une vie chrétienne normative au sein d'une culture païenne dans un contexte sociale dans lequel la vie de disciple comme chrétien est très contrastée [8].

Nous pouvons aussi constater que ce type de persécution a commencé bien avant la destruction du temple car il existe de nombreux parallèles reflétant une hostilité similaire [9] :

Je conclus ce point en citant Daniel B.Wallace "Il n'y a rien dans 1 Pierre qui exige une persécution officielle du gouvernement"[10].




3. L'emploi du pseudonyme "Babylone".

Comme le soutiennent Brown et Schlosser l'emploi du terme "Babylone" pour nommer Rome [11] démontre que l'auteur de lépitre à écrit après 70 car c'est la destruction du temple qui a poussée des auteurs à nommer Rome par le titre "Babylone". L'argument est cohérent lorsque l'on regarde les écrits qui font usages de ce terme comme l'Apocalypse de Jean et l'Apocalypse d'Esdras, ces écrits ont été écrits après l'an 70 et on peut logiquement en déduire que les conflits qui ont découlé de la destruction du temple ont poussés des auteurs à appeler Rome par le pseudonyme "Babylone". Mais appliquer ce principe à 1 Pierre pose un problème, l'épitre n'est absolument pas de genre apocalyptique et ne contient aucun élément subversif envers l'état romain, voir le contraire. En 1P 2.13 il est question de se soumettre aux "instituons humaines et au roi ou au souverain" et en 2.17 il est question d'honorer le "roi", ces éléments sont nettement différends de ce qu'on l'on retrouves dans les deux Apocalypses qui ont été composés dans une période de conflit avec l'état, raison pour laquelle nous ne trouvons pas de versets nous demandant de nous soumettre aux autorités contrairement a 1 Pierre. Il faut donc chercher une raison interne à l'épitre pour comprendre l'emploi du pseudonyme "Babylone" et non chercher une explications dans des livres relevants d'un contexte différent.

Dans son épitre l'auteur appelle ses lecteurs "étrangers/voyangeurs de la dispersion (1P 1.1 ; 2.11)", ces descriptions montrent une situation d'exile pour les habitant de Babylone (Rome) et cela est en lien avec l'exile des Israélites à Babylone. Dans l'Ancien Testament la dispersion des Israélites est en lien avec Babylone (Jérémie 15.7, Ezéchiel 5.10) et ils sont considérés comme séjournant à Babylone (Ezéchiel 20.38). L'auteur semble calquer l'exile des Israélites à Babylone avec l'exile de ces lecteurs. Il est donc fortement probable que c'est un cadre diasporique qui a conduit l'auteur à nommé Rome par le Pseudonyme Babylone. Karen H.Jobes qui s'est penché sur ce point conclut en disant que "l'exil babylonien a marginalisé la religion des juifs par rapport à la société dominante, la société romaine de l'époque de Pierre marginalisait la foi chrétienne. Ainsi, Rome aurait pu être appelée Babylone à n'importe quel moment suite à sa domination sur la Palestine en 63 av J.C" [12].

L'argument de Brown souffre aussi d'une incohérence, ce dernier nous dit que le respect recommandé pour l'empereur dans l'épitre ne reflète pas la persécution sous Néron (64-68 ap J.C) ni les dernières années de Domitien (81-96) donc l'épitre doit être datée entre 68 (après Néron) et 81 (avant Domitien). Il oublie tout simplement une troisième solution, si l'épitre ne reflète ni la persécution sous Néron ni le règne de Domitien c'est qu'elle a peut être été écrite avant 64 par l'apôtre Pierre comme le dit l'épitre elle même (1P 1.1).



4.La présence des presbytre témoigne d'un stade post-Paul ?

  • 1 Pierre 5:1 J'exhorte les anciens qui sont parmi vous, moi ancien comme eux, témoin des souffrances du Christ, et qui prendrai part avec eux à la gloire qui doit être manifestée


Dans le verset de 1Pierre 5.1 nous retrouvons le terme grec "πρεσβύτερος" souvent traduit par "ancien" que l'on peut aussi traduire par "presbytère". Certains commentateurs on fait valoir que l'utilisation de ce terme reflète une époque plus tardive que l'époque de St Pierre. Cette objection ne tient pas compte du fait que le terme "ancien" a une longue histoire dans le peuple d'Israël. Au temps de Moïse les chefs des tribus étaient désignés comme "anciens" (Exode 24.1 ; Nombres 11.16-25), au temps de Salomon aussi (1 Rois 12.6), d'Ezechiel (Ezéchiel 8.1) et d'Esdras (Esdras 6.7-8). À l'époque de Jésus il y'avait des "anciens" au sein du sanhédrin (Matthieu 16.21 ; 27.1) et plus tard dans l'église de Jérusalem (Actes 15.2-23) [13]. L'auteur de l'épitre utilise le terme "ancien" pour désigner des dirigeants chrétiens, il n'y pas lieu d'y voir un ordre ecclésial tardif.



5. L'évangélisation déjà présente en Asie Mineure, un argument pour une date entre 70 et 90 ?

Le premier problème est surement le plus gros avec cet argument est, comme le disent Köstenberger, Kellum et Quarles qu'il n'est qu'une hypothèse fondée sur une logique de "ce qui doit être" plutôt que sur des preuves directs [14]. Nous pouvons dans le sens inverse faire des déductions pour affirmer qu'il est possible qu'il y'ait eu une évangélisation dans le nord de l'Asie Mineur bien avant la destruction du Temple. Dans Actes 2 lors du discours de l'apôtre Pierre nous constatons la présence de pèlerins venus du Pont d'Asie et de Cappadoce qui ont surement par la suite évangélisés les villes d'où ils venaient, en Actes 19.26 Démétrius dit que la mission de Paul a été couronnée de succès dans presque toute l'Asie et en Actes 19.10 Luc nous dit que que tous les habitants de l'Asie ont entendu la parole de Paul. On pourra toujours m'objecter que le récit des Actes n'est pas fiable, mais ça ne changera rien au fait que l'argument des modernistes ne repose sur rien.



6. Un grec de trop bonne qualité et Sylvain était simplement le porteur de la lettre ?

La première réponse que l'on pourrait objecter à l'argument du "grec de trop bonne qualité" est bien évidement l'argument de l'amanuensis avec Sylvain, mais est-ce que 1 Pierre 5.12 dit cela ?

  • 1 Pierre 5:12 C'est par Sylvain, un frère dont la fidélité m'est connue, que je vous écris ce peu de mots, pour vous exhorter et vous assurer que c'est bien dans la vraie grâce de Dieu que vous êtes établis.


Le texte dit que l'auteur a écrit par Sylvain "Διὰ Σιλουανοῦ", mais comme le dit Jacques Schlosser c'est une hypothèse invérifiable (par contre quand c'est pour soutenir la pseudonymie de l'épitre les hypothèses invérifiables ne lui pose pas de problèmes) car l'expression désigne souvent le porteur de la lettre. Pour pouvoir y voir plus claire sur ce point nous devons regarder les exemples d'utilisations de l'expression "écrit par" et voir quel était le rôle que pouvait jouer un amanuensis.

Ignace d'Antioche dans sa la lettre aux Romains dit qu'il a écrit par l'intermédiaire d'Éphésiens et ne désigne pas un amanuensis.

  • Je vous écris de Smyrne, par l'intermédiaire d'Éphésiens, dignes du titre de bienheureux [15]

En Actes 15.22-23 il est dit que Paul, Barnabas, Jude et Silas ont été choisis pour porter une lettre, littéralement il est dit "ayant écrit par la main d'eux (γράψαντες διὰ χειρὸς αὐτῶν)" ce qui dans le contexte ne désigne pas les auteurs de la lettre mais les porteurs. Il est donc tout à fait possible qu'en 1 Pierre 5.12 Sylvain soit juste le porteur de la lettre. En sens inverse nous avons un exemple interessant chez Eusèbe qui cite la lettre de Denys de Rome dans laquelle Denis parle de 1 Clément comme étant écrite "par Clément (διὰ Κλήμεντος)"[16], bien qu'il ne soit pas ici question d'un amanuensis nous pouvons constater que l'expression "par Clément" désigne l'auteur de la lettre, ce qui peut aussi être le cas dans 1 Pierre 5.12 avec l'expression "par Sylvain". Nous ne pouvons donc pas avoir de certitude pour savoir si oui ou non Sylvain était l'amanuensis de l'apôtre ou le porteur de la lettre. Ce que nous pouvons en revanche noter c'est que l'apôtre Pierre n'hésitait pas d'après la tradition à recourir à l'aide d'un de ses proches comme Marc qui lui aurait servit d'interprète comme le rapporte Papias [17] et Clément d'Alexandrie ce fait écho d'une tradition (peut être douteuse) qui fait d'un certain Glaucias l'interprète de Pierre [18]. On peut conclure qu'il est fortement possible que l'apôtre Pierre n'aurait pas hésiter à faire appel à un amanuensis, mais l'hypothèse de l'amanuensis suffit-elle a expliquer la qualité du grec de l'épitre ? Et si l'hypothèse de l'amanuensis est fausse est-il possible qu'un pêcheur puisse écrire dans un si bon grec ?

Comme le rapporte Gene L.Grene les responsabilités des amanuensis pouvaient être classées de trois manières différentes [19].

  1. Le scribe pouvait prendre la dictée mot à mot tandis que l'auteur dicte la lettre ou bien syllable par syllabe ou encore à la vitesse de la voix ce qui demandait un scribe doué en tachygraphie ou en sténographie. Suétone commentant la vie de Titus nous rapporte qu'il a "découvert de plusieurs sources qu'il écrivait très vite en sténographie et que, pour le plaisir, il jouait à la compétition avec ses secrétaires [20]"

  2. L'auteur pouvait parler au rythme normal de la parole pendant que le scribe prenait des notes ou l'auteur pouvait donner un brouillon au scribe qui éditait ensuite la lettre, dans ces deux cas le scribe devient rédacteur du projet final. Par exemple Cicéron parle de son secrétaire Tiron dans une de ses lettre en disant que sans lui il est "complètement idiot [21]" témoignant d'une ampleur plus ou moins grande.

  3. Le secrétaire pouvait être le compositeur. Par exemple Cicéron avait demandé à Atticus d'écrire en son nom " Veuillez écrire en mon nom tant à Basilus qu'à tous autres pour qui vous le jugerez nécessaire, et aussi à Servlius, s'il y a lieu [22]".


Il nous est impossible de savoir dans quel mesure St Pierre aurait pu utiliser un scribe toutefois les différents exemples mentionnés ci-dessus peuvent expliquer la qualité du grec de l'épitre. Mais un dernier problème demeure, si l'hypothèse de l'amanuensis est fausse comment expliquer la bonne qualité du grec pour un simple pêcheur comme St Pierre ? Comme l'ont soulignés Scott Hahn et Curtis Mitch la Galilée du premier siècle était bilingue et la plupart des personnes impliqués dans le commerce (comme l'industrie de la pêche) auraient également parlés le grec assez bien pour faire des affaires. De plus entre la période d'activité de pêche et les dernières années de l'apôtre il y'a une trentaine d'années d'activité missionnaire ce qui est largement suffisant pour améliorer sa maitrise d'une deuxième langue [23]. Ensuite la trop bonne qualité du grec doit être tempéré, d'après Karen H.Jobes une comparaison de la syntaxe grec avec les écrits de Polybe montre que la syntaxe de 1 Pierre n'est pas aussi bonne que celle de Polybe ou encore de Flavius Josèphe, dans au moins quatre domaines le grec de Josèphe est d'une meilleurs qualité :

  1. L'utilisation des prépositions qui sont difficiles à maitriser pour une deuxième langue

  2. L'utilisation du pronom personnel au génitif

  3. La position des adjectif attributifs

  4. L'utilisation du datif avec la préposition (en) [24]

La qualité du grec de l'épitre est bonne mais elle doit pas être surestimer.

Maintenant le problème que pose probablement la non utilisation d'un amanuensis est d'expliquer la différence entre la qualité plus élevée du grec de 1 Pierre par rapport à 2 Pierre, ce problème est surement ce qui doit nous pousser à retenir l'hypothèse de l'amanuensis pour pouvoir soutenir que 1 et 2 Pierre ont pour origine St Pierre même si je pense que l'argument de la différence du grec doit être nuancé, ce que nous verrons plus loin.

Pour conclure ce point je maintien que les arguments de la "trop bonne qualité du grec" ne sont pas assez fort pour rejeter l'apostolicité de l'épitre.


7. Une dépendance à Paul ?

Ce dernier point consiste à mettre en évidence une dépendance stylistique de 1 Pierre par rapport à St Paul et dire que St Pierre n'aurait pas utilisé les écrits de l'apôtre Paul car ils étaient dénuées d'amitié. Sur ce point même Raymond Brown n'est pas convaincu de la force de l'argument, pourquoi ? Parce ce que d'après lui ni la dépendance ni l'hostilité ne doivent être exagérées. Les liens avec St Paul peuvent s'expliquer par le lieu (tous deux étaient à Rome dans les années 60) et ils avaient des collaborateurs communs (Marc et Sylvain) [25]. Surtout que Sylvain était probablement l'amanuensis de Pierre et Sylvain est mentionné en Actes 15.22 où il est envoyé à Antioche avec Paul, en Actes 15.40-41 il parcourt la Syrie et la Cilici avec Paul et il est mentionné avec Paul dans la salutation de 1 et 2 Thessaloniciens. Comme le disent Scott Hahn et Curtis Mitch"rien ne permet de conclure que Pierre aurait évité ou rejeté des expressions utiles de l'enseignement chrétien qui avaient été formulées par Paul [26]". Pour finir 1 Pierre ne contient aucune référence à Paul ou à ses lettres et les similitudes entre les deux sont basées sur des terme et thèmes qui peuvent s'expliquer de manière plausible si les deux auteurs ce sont inspirés d'une tradition commune comme la tradition chrétienne de Rome.

Conclusion.

1 Pierre a été écrit par l'apôtre Pierre.





2 Pierre


1. La reprise de Jude, un argument imparable ?


L'argument se divise en deux , premièrement un apôtre comme Pierre n'aurait jamais repris le travail de Jude, deuxièmement l'épitre de Jude a été écrite tardivement (100 ap J.C) donc si 2 Pierre reprend Jude alors St Pierre n'a pas pu écrire l'épitre.


Le premier argument n'est pas fondé sur des preuves, il n'y a aucune preuve scripturaire qui permette d'affirmer une telle chose et comme le souligne D.B Wallace de nombreux chercheurs on fait remarquer que l'auteur de 1 Pierre n'est pas très original ce qui est aussi le cas de 2 Pierre qui utilise Jude, nous avons alors un parallèle entre 1 et 2 Pierre ce qui plaide plus en faveur de la paternité pétriniennes [27].


Deuxièmement la date de l'épitre de Jude est-elle même controversée, l'argument principale pour dater tardivement l'épitre se trouve au verset 3 et 17 qui disent la chose suivante :

  • 3 Bien-aimés, comme je mettais tout mon zèle à vous écrire au sujet de notre salut commun, je me suis vu dans la nécessité de vous adresser cette lettre, pour vous exhorter à combattre pour la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes.

  • 17 Pour vous, bien-aimés, souvenez-vous de ce qui vous a été annoncé d'avance par les apôtres de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Ces versets seraient le reflet d'un contexte tardif où la tradition apostolique serait conservée pieusement.

Mais le verset 17 ne fait pas référence à un corpus d'enseignements traditionnels mais à divers prédictions des apôtres et n'exige pas que les apôtres appartiennent au passé. Quant au verset 3 la mention de la "foi qui a été transmise" n'est pas non plus la preuve d'une date tardive car des mentions similaires existent en Galates 1.23 et 1 Corinthiens 16.13 [28].

De plus plusieurs spécialistes proposent une date pour Jude qui correspond pour une utilisation de Jude par Pierre [29] :



Un dernier point doit-être noté, il est possible que ce ne soit pas 2 Pierre qui dépende de Jude mais l'inverse. Lorsque l'on compare 2 Pierre 3.3 et Jude 17.18 on peut supposer que Jude a librement reprit 2 Pierre 3.3 pour faire face à un faux enseignant similaire à 2 Pierre 3.3 [30] :

  • 2 Pierre 3:3 Sachez avant tout que, dans les derniers temps, il viendra des moqueurs pleins de raillerie, vivant au gré de leurs convoitises

  • Jude 17 Pour vous, bien-aimés, souvenez-vous de ce qui vous a été annoncé d'avance par les apôtres de Notre Seigneur Jésus-Christ. 18 Ils vous disaient qu'au dernier temps il y aurait des hommes moqueurs, vivant au gré de leurs convoitises impies


Le fait que Jude parle "de ce qui a été annoncé par les apôtres" peut être une référence à ce que l'apôtre Pierre dit en 2 Pierre 3.3 surtout que le verset de 2 Pierre est au futur tandis que celui de Jude est au présent, il en est de même pour Jude 4 et 2 Pierre 2.1-3 :

  • 2 Pierre 2:1 Or, comme parmi le peuple il y eut aussi de faux prophètes, de même il y aura parmi vous de faux docteurs, qui introduiront sourdement des sectes pernicieuses, et qui, reniant le Seigneur qui les a rachetés, attireront sur eux une prompte ruine. [...] 3 Par cupidité, ils trafiqueront de vous avec des paroles artificieuses ; mais leur condamnation depuis longtemps ne se repose point, et leur ruine ne s'endort point.

  • Jude 1:4 Car il s'est glissé parmi vous certains hommes, dont il a été écrit depuis longtemps qu'ils encouraient cette condamnation, hommes impies, qui changent la grâce de notre Dieu en licence, et qui renient notre seul Maître et Seigneur Jésus-Christ.

On peut légitiment se demander pour qu'elle raison l'auteur de 2 Pierre aurait repris Jude 4 pour mettre la condamnation des faux docteur au futur, le plus logique serait que Jude ait repris 2 Pierre et a par la même occasion mis au présent les condamnations des faux docteurs [30], bien évidement l'inverse est aussi possible et il importe à chacun de se faire un avis.

Conclusion

Il est impossible de fixer une date précise pour l'épitre de Jude qui peut facilement être datée entre 50 et 100 ap J.C et par la même occasion il est impossible d'affirmer que Pierre n'aurait pas utilisé Jude. Il est aussi probable que ce soit Jude qui est utilisé 2 Pierre. Au final cet argument doit être rejeté car nous pouvons trouver des hypothèses pour et contre l'apostolicité de 2 Pierre.



2. La mention des lettres de Paul pose un problème ?

En 2 Pierre 3.15-16 l'auteur parle de "toutes les lettres" de Paul, cette mention serait la preuve d'une collection de lettre qui n'est guère possible au 1er siècle et l'allusion à des divergences sur l'interprétation des lettres de Paul tendrait à mettre Paul au même pied que les "autres écritures", ce qui ressemble à 1 Clément 5 pour reprendre les mots de Jacques Schlosser. Ces éléments témoignes aussi d'une époque éloigné où Paul s'opposait à Pierre.


En premier lieu il convient de noter qu'il n'existe aucune preuve historique pour soutenir l'affirmation selon laquelle une telle collection n'aurait pas pu être réunie avant la fin du premier siècle [31]. Ensuite l'apôtre Paul exhortait déjà de son vivant ses lecteurs à échanger ses lettres (Colossiens 4.16), il n'est donc pas problématique qu'un corpus des lettres de Paul ait existé rapidement, de plus l'expression "toutes ses lettres"n'indique pas de facto un corpus complet et peut très bien faire référence à quelques lettres bien connues de Pierre.

Il est vrai que la mention de Paul ressemblance à la façon dont 1 Clément 5 parle de Pierre et Paul mais le problème peut-être abordé d'une tout autre manière. Lorsque l'auteur de 2 Pierre parle de Paul il le nomme "notre frère bien aimé" ce qui est naturel pour quelqu'un que le connait mais ne ressemble pas au langage du 2ème siècle, à ce titre D.B Wallace précise qu'il n'existe pas à sa connaissance une mention de ce genre dans la littérature pseudépigraphique, apocryphe et patristique [32]. De plus la mention "des choses difficiles à comprendre" en 2 Pierre à propos des lettres de Paul est difficilement imaginable pour un auteur du 2ème siècle car cela peut sous-entendre une difficultés à comprendre pour l'apôtre Pierre ce qu'un auteur du 2ème siècle n'aurait surement pas insinué.

Quant au confit d'Antioche entre Pierre et Paul il n'y aucune preuve pour soutenir qu'il s'agit d'une rivalité éternelle surtout que le conflit découlait d'une compréhension commune du message de Dieu.



3. Des éléments tardifs dans l'épitre ?


Plusieurs versets sont utilisés pour soutenir une datation au 2ème siècle.

a. Dans 2 Pierre nous retrouvons quatre emploi de έπίγνωσις (2 Pierre 1.2 ; 1.3 ; 1.8 ; 2.20) et deux emplois en 2.21 du verbe correspondant ce qui reflète un intérêt pour la culture hellénistique.

b. Un intérêt pour les vertus grecs (2 Pierre 1.5) présenté selon une chaîne typiquement hellénistique

c. Une désillusion liée au retard de la parousie.

d. Une mention da la disparition du corps apostolique (2 Pierre 3.2-4)


a.

Si l'auteur parle de la "connaissance (έπίγνωσις)" il le fait fait à chaque fois pour parler de la connaissance de Dieu et de Jésus qui est un thème qui est intrinsèque au christianisme et il n'est jamais question d'une connaissance ésotérique en 2 Pierre. D'après l'évangile de Jean, Jésus lui même a enseigné que la vie éternelle c'est de connaitre Dieu et celui qu'il a envoyé (Jean 17.3) et Paul parle lui aussi de la connaissance qu'il a du Christ (Philippiens 3.8-10). Dans 2 Pierre l'auteur reprend le langage de ses opposants pour l'utiliser contre eux. Ces derniers ne peuvent pas être identifiés de manière catégorique comme des gnostiques du 2ème siècle comme l'ont soutenus certains commentateurs, voici ce que nous pouvons retenir des hérétiques combattus par l'auteur de 2 Pierre :

  • Ils ont rejetés le Seigneur qui les a rachetés (2 Pierre 2.1)

  • Ce sont des apostats, des gens qui ce sont égarés s'écartant du droit chemin (2 Pierre 2.15)

  • Ils ont abandonnés le Saint commandement qui leur avait été transmis (2 Pierre 2.21)

  • Ce sont des aveugles qui ont oubliés qu'ils ont été purifiés de leurs anciens péchés (2 Pierre 1.9)

  • Ils ont abandonnés la morale chrétienne et ont embrassés l'immoralité sexuelles (2 Pierre 2.2, 10, 14, 18).

  • Ils ce sont livrés à la gloutonnerie (2 Pierre 2.13)

  • Ils sont esclaves de la corruption (2 Pierre 2.19)

  • Ils cherchent des personnes à exploiter pour leurs propres fins (2 Pierre 2.14)

  • Ils arrogants envers la Seigneurie ( 2 Pierre 2.10)

  • Ce sont des faux docteurs (2 Pierre 2.1)

Ces mentions sont interprétées comme des références au gnosticisme du 2ème siècle mais quelques éléments doivent être objectés. La négation de la résurrection corporelle de Jésus était un marqueur du gnosticisme du 2ème siècle et nous en avons aucune trace en 2 Pierre, le style de vie libertin des hérétiques en 2 Pierre ne trouve pas ses racines dans le gnosticisme. Le comportement immorale des hérétiques découle de leur scepticisme eschatologique et de la mauvaise interprétation de la liberté, en particulier la liberté enseigné par Paul (d'où la mention de Paul en 3.15-16), le motif de la "liberté" était un motif presque universel parmi les écoles philosophiques et n'est pas un élément propre au gnosticisme et les écoles gnostiques n'ont pas basé leur scepticisme sur le retard de la parousie comme les hérétiques en 2 Pierre.

Après étude de tout ces éléments Gene L.Green conclut que l'hérésie à laquelle l'auteur de 2 Pierre fait face ne correspond à aucun système gnostique connu [33]. Ne ne pouvons donc pas utiliser ces éléments pour dater 2 Pierre tardivement.


b.

La mention des vertus en 2 Pierre 1.5 est bien évidement calqués sur la conception gréco-romaine des vertus, cependant rien nous oblige à y-voir un élément hellénistique tardif. Aristote en parlait déjà au 4ème siècle av J.C "les composants de la vertu sont la justice, le courage, la maîtrise de soi, la magnificence, la magnanimité, la libéralité, la douceur, la sagesse pratique et spéculative [34]", et plusieurs livres du Nouveau Testament (dont certains datés avant l'an 60 par les critiques modernes) ont repris cette pratique et lui ont donnée un sens chrétien:



On ne peut donc pas utiliser 2 Pierre 1.5 pour soutenir une date tardive.


c.

La désillusion liée à la parousie n'implique pas forcément une datation tardive. Les questions concernant la parousie ont été présentes dès le débuts du christianisme, le Christ a enseigné à ses disciples qu'il fallait être prêt pour son retour (Matthieu 25), il a enseigné que l'heure de la parousie ne pouvait pas être connue (Actes 1.7), Paul dès les années 50 à du rappeler à ses lecteurs que la parousie pouvait arriver à tout moment mais qu'on ne pouvais pas savoir quand (1 Thessaloniciens 4.13-18 ; 5.1-4) et il est possible que Paul ait vu comme une éventualité le fait que la parousie arrive de son vivant ( 1 Corinthiens 15.51).

Avec ces éléments nous devons nous poser la question suivante, à quel moment une désillusion liée au retard de la parousie à t-elle pu voir le jour ? Comme l'a dit Michael Green la parousie deviendrait un problème à partir du moment où les dirigeants chrétiens ont commencé à mourir et serait naturelle dans les années 60 [35]. En effet c'est au cours des années 60 que sont mort les apôtres André, Jacques le Mineur, Judas Thadée, Simon le Zélote et Jacques le fils de Zébédée qui lui mourut en 44 [36]. De plus si l'ont veut dater 2 Pierre tardivement à cause du retard de la parousie on se heurte une difficulté insurmontable.

Imaginez que vous êtes un chrétien au cours des années 100-130, vous êtes confronté aux hérétiques mentionnés en 2 Pierre 1.16 et 3.9 qui eux pointent le retard de la parousie comme un problème, vous êtes donc à une époque où les apôtres sont tous morts et là pour répondre à ses hérétiques vous décidez d’écrire une lettre en vous faisant passer pour un apôtre (Pierre) qui est mort depuis une quarantaine d’années afin d’expliquer que la parousie peut encore arriver, est-ce logique ? Absolument pas, non seulement les hérétiques ne vous croiront pas car la personne pour qui vous vous faites passer est morte depuis au moins une quarantaine d’années et les gens à qui vous écrivez ne vous croiront pas non plus, comment le pourrait-ils alors que vous essayez d’expliquer le retard de la parousie en imitant une personne morte il y’a 40 ans alors que les doutes liés à la parousie sont dûs au fait que les apôtres sont tous morts ? C’est ce tirer une balle dans le pied, si l’épître a été écrite vers 100-130 soit l’auteur se serait fait passer pour Pierre et aurait omis les problèmes liés à la parousie ou sinon il aurait parlé de la parousie mais il ne ce serait pas fait passer pour un apôtre, dire que 2 Pierre est un pseudepigraphe et dire en même temps qu’elle répond au scepticisme du retard de la parousie 40ans après la mort de Pierre est un non sens.

À mon humble avis, le plus logique est de conclure que l’apôtre Pierre a été confronté à un scepticisme concernant la parousie et qu’il a voulu battre le fer pendant qu’il est encore chaud et qu’il a expliqué que la parousie pouvait arriver à tout moment, même de son temps.


d.

En 2 Pierre 3.4 l'auteur dit la chose suivante :

2 Pierre 3:4 et disant : "Où est la promesse de son avènement ? Car depuis que nos pères sont morts, tout continue à subsister comme depuis le commencement de la création".


L'expression "depuis que nos pères sont morts" serait la preuve que tous les apôtres sont morts au moment où l'auteur écrit, Raymond Brown dit à ce propos "les faux docteurs nient la promesse de la parousie sous prétexte que les chefs (les pères) de la première génération chrétienne sont morts et que tout demeure comme au début de la création".

Cette interprétation pose un gros problème puisque l'expression "nos pères" dans tous le Nouveau Testament ne désigne jamais les apôtres mais toujours les patriarches (Jean 6.31 ; 7.22 ; Romains 9.5 ; Hébreux 1.1 etc...) de plus le contexte qui entour 2 Pierre 3.4 fait référence au déluge :

  • 2 Pierre 3.3 Sachez avant tout que, dans les derniers temps, il viendra des moqueurs pleins de raillerie, vivant au gré de leurs convoitises, 4 et disant : "Où est la promesse de son avènement ? Car depuis que nos pères sont morts, tout continue à subsister comme depuis le commencement de la création". 5 Ils veulent ignorer que, dès l'origine, des cieux existaient, ainsi qu'une terre que la parole de Dieu avait fait surgir du sein de l'eau, au moyen de l'eau, 6 et que par là même le monde d'alors périt submergé. 7 Quant aux cieux et à la terre d'à présent, la même parole de Dieu les tient en réserve et les garde pour le feu, au jour du jugement et de la ruine des hommes impies.

Ce que l'auteur souligne ici c'est que pour les hérétiques rien à changé depuis le début du monde, l'expression "nos pères" est alors mieux comprise comme une référence aux patriarches.

Tous les arguments pour une datation tardive que l'on vient de voir sont bancales et ont des contres réponses solides, par ailleurs n'ont pouvons trouver dans l'épitre un élément qui ne correspond pas au début du 2ème siècle. En 2 Pierre 1.1 l'auteur utilise l'expression "τοῦ θεοῦ ἡμῶν καὶ σωτῆρος Ἰησοῦ Χριστοῦ"qui peut être traduite par "notre Dieu et Sauveur Jésus Christ" ou "notre Dieu et du Sauveur Jésus Christ [37]", cette expression ne ressemble pas à la façon plus catégorique qu'utilisaient les pères de l'église pour mettre en avant la divinité du Christ. Ignace d'Antioche vers 110 ap J.C dans ses lettres aux Romains et aux Ephesiens utilise l'expression "Ιησου Χριστου του θεου" traduite par "Jésus Christ notre Dieu", il est étonnant que l'auteur de 2 Pierre n'utilise pas une expression similaire si il écrit au 2ème siècle, la raison est probablement que l'auteur a écrit avant le 2ème siècle.



4.Trop de différences entre les 2 épitres ?


Plusieurs arguments sont utilisés pour pointer de grandes différences entre les deux épitres :

a. 1 Pierre cite des versets de l'Ancien Testament et non 2 Pierre

b. Un nombre d'hapax élevé dans 2 Pierre et plus de 60% du language de 2 Pierre n'est pas dans 1 Pierre

c. Le style de 2 Pierre est trop différend de celui de 1 Pierre


La première explication à ses objections pourrait s'expliquer par l'utilisation d'un amanuensis pour 1 Pierre et non pour 2 Pierre ou par l'utilisation d'un amanuensis différent pour les deux épitres. Toutefois même si l'on retiens cette hypothèse cela ne nous empêche pas de juger les arguments avancés.


a.

Il est vrai que 1 Pierre cite explicitement des versets de l'Ancien Testament contrairement à 2 Pierre, mais 2 Pierre contient bien des allusions à l'Ancien Testament, 2 Pierre 2.6 et Genèse 19, 2 Pierre 2.15 et Nombres 22.5, 2 Pierre 3.8 et le Psaume 90.4, 2 Pierre 2.22 et Proverbes 26.11 et 2 Pierre3.13 qui est une référence à Isaïe 65.17:


b.

L'argument qui touche au style de 2 Pierre a fait l'objet d'une contre argumentation très intéressante de Michael J.Kruger [38].

L'épitre 2 Pierre est l'écrit du Nouveau Testament qui possède le plus d'hapax, sur 399 mots 57 sont des hapax, soit un total de 14%, mais ce qui est intéressant c'est de regarder le même phénomène dans 1 Pierre. En effet 1 Pierre possède 543 mots et sur les 543 mots, 63 sont des hapax soit un total de 12%, c'est l'écrit du Nouveau Testament qui possède le plus d'hapax après 2 Pierre. L'argument du taux d'hapax qui a la base est censé être un argument contre l'apostolicité se trouve être un point commun avec 1 Pierre.

Dans le même genre, Raymond Brown souligne qu'environ 60% du langage de 2 Pierre n'est pas dans 1 Pierre, pour être précis 1 Pierre possède 543 mots et 2 Pierre 399 mots, elles ont en commun 153 mots ce qui fait un taux de 38,6% de mots en commun et un taux de 61,4% de mots propres à 2 Pierre. L'argument est en apparence fort mais doit être juger dans une vision plus large. Tous les critiques sont en accords pour affirmer que 1 Corinthiens et 2 Corinthiens ont été écrites par l'apôtre Paul et pourtant les deux épitres ont en commun 49,3% de mots et 50,7% de mots sont propres à 2 Corinthiens.

Par exemple Jacques Schlosser qui postule contre l'apostolicité de 2 Pierre a écrit dans l'ouvrage " Introduction au Nouveau Testament sous la direction de Daniel Marguerat", dans cet ouvrage plusieurs auteurs ont écrits des chapitres, les chapitres sur 1 et 2 Timothée et Tite ont été écrit par le professeur Yann Redalié, ce dernier nous explique que ces trois épitres ont écrites par un disciple de Paul et nous précise que les études récentes ont mis en évidences qu'il y a entre les trois épitres une unité du corpus d'un point de vue linguistique [39].

Mais comme le rapporte Michael Kruger, 1 Timothée possède 537 mots et Tite 399 mots, les deux épitres ont commun 40,4% de mots et 59,6% sont unique à Tite et pourtant dans l'iIntroduction au Nouveau Testament sous la direction de Daniel Marguerat ces deux épitres sont considérés comme provenants d'un même auteur. Lorsque l'on prend en compte ces données l'argument du taux d'hapax entre 1 et 2 Pierre perd une force considérable.


c.

Les différences de style entre les deux épitres sont réels et ne peuvent être niées, par contre ce qu'il faut faire et que ne font jamais les partisans de la pseudonymie de 2 Pierre c'est de mettre en lumière les similitudes entre les deux épitres, non seulement au niveau du vocabulaire et de la thématique.

Vocabulaire similaire :

  • En 2 Pierre 1.1 il y'a le terme "ἰσότιμον (de même prix)" qui correspond au terme "τιμὴν (honneur/prix)" en 1 Pierre 1.7

  • En 2 Pierre 1.4 le terme "τίμια (précieuse)" correspond au terme "τιμίῳ (précieux) en 1 Pierre 1.19

  • La salutation en 2 Pierre 1.2 "χάρις ὑμῖν καὶ εἰρήνη πληθυνθείη" correspond exactement à la salutation en 1 Pierre 1.2 "χάρις ὑμῖν καὶ εἰρήνη πληθυνθείη", cette salutation n'apparait nul part ailleurs dans tout le Nouveau Testament

  • En 2 Pierre 1.3 apparait le terme "ἀρετή" qui apparait aussi en 1 Pierre 2.9 , ce terme est rare dans le Nouveau Testament puisqu'il n'apparait que 4 fois au total et dans les deux cas où il est utilisé dans 1 et 2 Pierre il est utilisé pour décrire Dieu.

  • En 2 Pierre 1.14 il y'a le mot "ἀπόθεσις" qui n'apparait qu'à une autre reprise dans le Nouveau Testament, en 1 Pierre 3.21

  • ἐπόπται dans 2 Pierre 1.16 est parallèle à ἐποπτεύοντες en 1 Pierre 2.12

  • Le mot "ἀσελγείᾳ" en 2 Pierre 2.7 est aussi en 1 Pierre 4.3 "ἀσελγείαις", le terme n'apparaît que 9 fois dans le Nouveau Testament dont trois fois dans les épitres pétriniennes

  • En 2 Pierre 3.14 il y'a l'expression "ἄσπιλοι καὶ ἀμώμητοι (sans tache et sans reproche)" qui est semblable à l'expression "ἀμώμου καὶ ἀσπίλου (irréprochable et sans tache)" en 1 Pierre 1.19, ce sont les même mots qui sont ici combiné "ἄμωμος" et "ἄσπιλος", la combinaison de ces deux mots n'apparaît nul part ailleurs dans le Nouveau Testament


Thématique Similaire :

En plus de tous ces parallèles entre 1 et 2 Pierre il existe aussi des parallèles intéressant entre 2 Pierre et les discours de Pierre dans les Actes des Apôtres :

  • En 2 Pierre 1.1 il y'a le verbe "λαγχάνω" qui n'apparait que 4 fois dans le Nouveau Testament et il apparait lors du discours de Pierre en Actes 1.17

  • Le mot "εὐσέβεια" apparait 4 foisen 2 Pierre (1.3, 6, 7; 3.11), il apparait à 11 autres reprises dans le Nouveau Testament dont dans le discours de Pierre en Actes 3.12

  • En 2 Pierre 2.13 et 2.15 il y'a l'expression "μισθὸν ἀδικίας" cette expression se retrouve ailleurs à une seule reprise dans le Nouveau Testament, en Actes 1.18 dans le discours de Pierre


Nous devons aussi prendre en compte que les motifs de rédaction de 1 et 2 Pierre ne sont pas les mêmes, 1 Pierre a été écrite pour faire face à un contexte de persécution tandis que 2 Pierre a été écrite pour faire face à des hérétiques. De plus comme le rappel Gene L.Grene nous ne possédons pas un corpus de littérature pétrinienne suffisamment important pour savoir ce que Pierre aurait pu ou n'aurait pas pu écrire [40]. Rajoutez à cela l'hypothèse d'un amanuensis et toutes les difficultés disparaissent.



5. La réception des deux épitres dans l'Église.

1 Pierre 1.8 est cité par Irénée de Lyon qui considère bien l'épitre comme provenant de l'apôtre Pierre :

  • «Car présentement, dit l'Apôtre, nous ne connaissons qu'en partie, et nous ne prophétisons qu'en partie, mais alors ce sera face à face. » C'est ce que Pierre dit lui aussi : «Lorsque vous verrez Celui en qui, sans le voir encore, vous croyez, vous tressaillirez d'une joie inexprimable. [41] »

L'épitre de Polycarpe aux philippiens contient plusieurs références claires à 1 Pierre :

Eusèbe a quand à lui classé 1 Pierre parmi les livres incontestés :

  • Une seule épître de Pierre, celle qu'on appelle la première, est incontestée. Les anciens presbytres s'en sont servis dans leurs écrits comme d'un document indiscuté. Quand à celle qu'on présente comme la seconde, nous avons appris qu'elle n'était pas testamentaire; mais parce qu'elle a paru utile à beaucoup, on l'a traitée avec respect ainsi que les autres écritures. 2 Pour ce qui est des Actes qui portent son nom, de l'Évangile qu'on lui attribue, de ce qu'on appelle sa Prédication et son Apocalypse, nous savons qu'ils n'ont absolument pas été transmis parmi les écrits catholiques, et qu'aucun écrivain ecclésiastique ancien ou contemporain ne s'est servi de témoignages puisés en eux. [42]


1 Pierre a été reçu dans l'Église sans que cela cause une controverse, en revanche pour 2 Pierre cela a été plus compliqué. Comme on le voit avec le commentaire dEusèbe cité plus haut, 2 Pierre n'était pas incontestés mais pourtant Eusèbe affirme quand même l'authenticité de la lettre. Jérome de Stridon dit que 2 Pierre est considérée par une majorité comme ne venant pas de l'apôtre mais il la place quand même comme un écrit de l'apôtre :

  • SIMON PIERRE, fils de Jean, frère d'André apôtre, et prince des apôtres, naquit à Bethsaïdeen Galilée. Après avoir fondé l'Eglise d'Antioche, dont il fut l’évêque, et après avoir prêché l'Évangile aux Juifs convertis qui étaient dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie-Mineure et la Bithynie, il vint à Rome la deuxième année du règne de l'empereur Claude, pour confondre Simon-le Magicien. Il y occupa pendant vingt-cinq ans la chaire pontificale, jusqu'à la quatorzième et dernière année du règne de Néron, époque à laquelle il reçut la palme du martyre. Il fut mis en croix la tête en bas, se jugeant indigne de mourir de la même manière que son divin maître. il a écrit deux épîtres appelées catholiques : la plupart des auteurs prétendent que la seconde n'est pas de lui, parce qu'elle fait disparate avec le style de la première; mais Marc l'évangéliste, qui avait été son disciple et son interprète, la lui attribue. Les ouvrages intitulés Evangile, Prédication, Apocalypse, Jugement, Actes de Pierre sont tous les cinq rejetés comme livres apocryphes. Il fut enterré à Rome dans le Vatican, près de la voie Triomphale. Le monde entier vénère et célèbre sa mémoire. [43]

Origène a fait un commentaire similaire en expliquant que 2 Pierre est un écrit douteux :

  • Et Pierre, sur lequel est bâtie l'Église du Christ, contre laquelle les portes de l'enfer ne prévaudront pas, n'a laissé qu'une seule épître d'une authenticité reconnue. Supposons qu'il en ait laissé une seconde, car cela est douteux. [44]

Et dans un autre écrit il considère les deux épitres comme venant de l'apôtre Pierre puisqu'il parle de 1 et 2 Pierre "comme deux de ses épitres [45]"

Généralement les commentateurs se contentent de citer Eusèbe, Jérome et Origène, voir la Peshitta qui ne contenait pas 2 Pierre mais d'autres informations méritent elles aussi d'être mentionnées.

Amphiloque d'Iconium a dit que n'était pas reçu par certains tandis que d'autres recevaient l'épitre :

  • Eh bien, que reste-t-il ? Des épîtres catholiques certains disent que nous devons en recevoir sept, mais d'autres disent que seuls trois devraient être reçus, Jacques, 1 Pierre et 1 Jean. D'autres reçoivent les trois épitres de Jean, et en plus, 1 et 2 Pierre, et l'épitre de Jude. [46]


Augustin a reconnu 2 Pierre comme canonique :

  • Le Nouveau comprend les quatre livres de l'Evangile selon Mathieu, selon Marc, selon Luc et selon Jean; les quatorze épîtres de l'apôtre Paul une aux Romains, deux aux Corinthiens, une aux Galates, une aux Ephésiens, une aux Philippiens, deux aux Thessaloniciens, une aux Colossiens, deux à Timothée, une à Tite, une à Philémon et une aux Hébreux; deux épîtres de saint Pierre, trois de saint Jean, une de saint Jacques, le livre des Actes des apôtres, le livre de l'Apocalypse de saint Jean. [47]


Méthode d'Olympe aurait (si le fragment qui lui est attribué est authentique) cité 2 Pierre 3.8 avec la formule "l'apôtre" [48], et 2 Pierre a été intégré dans plusieurs canons :

  • De Laodicée 360 ap J.C)

  • D'Athanase (vers 296-373 ap J.C)

  • De Cyrille de Jérusalem (vers 315-387 ap J.C)

  • De Cheltenham (359 ap J.C)

  • D'Apostolat (vers 350-380ap J.C)

  • De Grégoire de Nazianze (vers 390)

  • D'Afrique (vers 393-419)

  • De St Jérome (vers 345-420)

  • De Carthage (397 ap J.C)

  • D'Hippone (393 ap J.C)

  • Du codex Claromontanus (6ème siècle qui contient une liste qui remonterait avant l'an 300 ap J.C [49]

Et bien qu'en Syrie la Peshitta ne contenait pas 2 Pierre, la recension philoxénienne vers 508 a inclus 2 Pierre. De plus on peut retrouver des allusions plus ou moins probable à 2 Pierre dans plusieurs écrits :

Irénée de Lyon :

  • D'autres encore reportent la mort d'Adam dans le courant du millénaire, parce qu'«un jour du Seigneur est comme mille ans» [50]

La citation d'Irénée correspond à 2 Pierre 3.8, toutefois il est aussi possible qu'elle soit calquée sur le Psaume 90.4 mais ce qui rend moins probable cette dernière affirmation c'est que la citation d'Irénée est plus proche de la façon dont 2 Pierre 3.8 cite le Psaume 90.4 que du Psaume 90.4 directement. La même chose peut être possible pour l'épitre de Barnabé

  • Car un jour pour lui signifie mille années, ce qu'il atteste lui même : "voici, un jour du Seigneur et sera comme mille ans". [51]


Le livre de l'apocalypse de Pierre écrit vers 110-140 ap J.C contient des éléments qui proviennent très certainement de 2 Pierre, au verset 1 il est dit :

  • beaucoup d'entre eux seront de faux prophètes, et enseigneront diverses voies et doctrines de perdition [52]

ce passage correspond à 2 pierre 2.1 :

  • Or, comme parmi le peuple il y eut aussi de faux prophètes, de même il y aura parmi vous de faux docteurs, qui introduiront sourdement des sectes pernicieuses, et qui, reniant le Seigneur qui les a rachetés, attireront sur eux une prompte ruine.


Ces allusions ne prouvent bien évidement pas que 2 Pierre a été écrite par un apôtre toutefois elles témoignent de la connaissance de 2 Pierre assez tôt comme avec l'apocalypse de Pierre. L'épitre, malgré des doutes à été largement accepté au 4ème siècle, comme l'a dit Michael Green "aucun livre dans le canon du Nouveau Testament n'est aussi mal attesté parmi les Pères, mais 2 Pierre a de loin le meilleur soutient pour son inclusion que tous les livres qui n'y sont pas" [53].





6. La pseudonymie était-elle acceptable pour le canon du nouveau testament ?


L'acceptation de 2 Pierre démontre que l'église a reconnu qu'elle avait pour auteur St Pierre et non un disciple anonyme ou une communauté. De nos jours il est courant de lire qu'un auteur anonyme pouvait écrire sous le nom d'un autre, ce qui est vrai par contre le problème intervient lorsque l'on veut faire croire que cette pratique pouvait aboutir à un écrit canonique pour le Nouveau Testament. Les modernistes comme Jacques Schlosser soutiennent la non apostolicité de 2 Pierre mais veulent garder la canonicité de l'épître, avoir le beurre et l'argent du beurre. Le problème c'est qu'il n'existe aucune preuve qu'une telle pratique ait été considérée comme acceptable, si cette pratique était acceptable pourquoi l'église a rejeté les autres écrits pétrinniens comme les actes de Pierre, l'évangile de Pierre, l'apocalypse de Pierre (qui était considéré canonique par Clément d'Alexandrie et le codex Claromontanus) ? Comment les Pères de l'église ont pu rejeter des livres parce qu'ils ont conclut à la pseudonymie (Lettre aux laodicéens, 3 corinthiens) et en même temps trouver la pratique de la pseudonymie normale ? Pourquoi St Paul lorsqu'il écrit aux Thessaloniciens précise qu'il faut qu'ils se méfient des lettres qui lui seraient faussement attribuées (2 Thessaloniciens 2.2) ?



Conclusion

2 Pierre a été écrite par l'apôtre Pierre est les arguments contre l'apostolicité de l'épitre ne sont pas assez fort pour inverse le témoignage interne de l'épitre.







1. Raymond E.Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ? chap33

2. Raymond E.Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ? chap36

3. Jacques Schlosser, Introduction au Nouveau Testament sous la direction de Daniel Marguerat, pp419-426

4. Jacques Schlosser, Introduction au Nouveau Testament sous la direction de Daniel Marguerat, pp433-437

5. Raymond E.Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ?, chap33

6. Karen H.Jobes, 1 Peter, introduction

7. Voir le commentaire sur 1 Pierre 5.8-9 dans "Daniel Keating, Catholic commentary on sacred scripture first and second Peter, Jude"

8. Voir l'introduction de 1 Pierre dans The expositor's Bible commentary, 1 and 2 Peter, 1,2 and 3 Johnn Jude

9. Karen H.Jobes, 1 Peter, introduction

10. https://bible.org/seriespage/first-peter-introduction-argument-and-outline

11. La majorité des érudits sont d'accords sur l'identification de Babylone avec Rome et je suis en accord avec eux sur ce point donc je ne le discuterai pas dans cet article, pour un avis contre l'identification de Babylone avec Rome voir Edward D.Andrews https://christianpublishinghouse.co/2017/02/12/was-the-apostle-peter-in-rome/?fbclid=IwAR2MTZSRrokB4Ep0xt9rWI3yw5Meyeh-LSfSkBg_YIM2HMEFG1r04hosw4s

12. Voir Karen H.Jobes, 1 Peter, introduction et son commentaire sur 1 Pierre 5.13 ; Voir le commentaire de Daniel Keating dans Catholic commentary on sacred scripture first and second Peter, Jude

13. voir le commentaire sur 1 Pierre 5.1 de Daniel Keating dans Catholic commentary on sacred scripture first and second Peter, Jude et le commentaire dans l'Ignatius Catholic study Bible New Testament, Rsv second Catholic edition

14. Voir l'introduction de 1 Pierre dans The cradle, the cross, and the crown an introduction to the New Testament

15. Ignace aux Romains, 10.1

16. Eusèbe, H.E., IV, 23.11

17. Eusèbe, H.E., III, 39, 15

18. Clément d'Alexandrie, Strom, VII

19. Gene L.Grene, Jude and Peter, introduction à 2 Pierre

20. Suetone, Vie de Titus, 3.2

21. Cicéron, Epistulae ad familiares, 16.10-2

22. Cicéron, lettre à Atticus, XI.5

23. Voir l'introduction de 1 Pierre dans l'Ignatius Catholic study Bible New Testament, Rsv second Catholic edition

24. Voir Karen H.Jobes, 1 Peter, introduction

25. Raymond E.Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ? chap33

26. Voir l'introduction de 1 Pierre dans l'Ignatius Catholic study Bible New Testament, Rsv second Catholic edition

27. https://bible.org/seriespage/22-second-peter-introduction-argument-and-outline

28. D A.Carson & D J.Moo, Introduction au Nouveau Testament

29. https://bible.org/seriespage/26-jude-introduction-argument-and-outline ; Daniel Keating, Catholic commentary on sacred scripture first and second Peter, Jude ; Gene L.Grene, Jude and Peter ; D A.Carson & D J.Moo, Introduction au Nouveau Testament ; Andreas J.Köstenberger, L.Scott Kellum & Charles L.Quarles, The cradle, the cross, and the crown an introduction to the New Testament ; Ignatius Catholic study Bible New Testament, Rsv second Catholic edition ; Simon J.Kistemaker, A Biblical-Theological Introduction to the New Testament

30. https://bible.org/seriespage/22-second-peter-introduction-argument-and-outline

31. Introduction à 2 Pierre dans Ignatius Catholic study Bible New Testament

32. https://bible.org/seriespage/22-second-peter-introduction-argument-and-outline

33. Gene L.Grene, Jude and Peter

34 Aristote, rhétorique 1366

35. Michael Green, 2 Peter and Jude

36. Raymond E.Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ? chap36

37. Daniel B.Wallace plaide fermement en faveur de la traduction "notre Dieu et Sauveur Jésus Christ (voir Daniel B.Wallace grammaire grecque manuel de syntaxe pour l'exégèse du Nouveau Testament), je trouve personnellement les arguments en faveur de la traduction "notre Dieu et Saveur" beaucoup plus convaincants mais comme le souligne Daniel Keating ce n'est pas décisif même si la grammaire porte plus en faveur de la traduction "notre Dieu et Sauveur" (voir son commentaire sur 2 Pierre 1.1 dans Catholic commentary on sacred scripture first and second Peter, Jude)

38. Michael J.Kruger, the authenticity of 2 Peter JETS 42/2 645-671 (toutes les données que je présente sont reprises de cet écrit) et de The Bible knowledge commentary New Testament edited by John F. Walvoord and Royt B.Zuck

39. Yann Redalié, Introduction au Nouveau Testament sous la direction de Daniel Marguerat, pp312-314

40. Gene L.Grene, Jude and Peter, introduction à 2 Pierre

41. Irénée de Lyon, contre les hérésies V, 7.2

42. Eusèbe, H.E., III. 3.1

43. Jérome, De viris illustribus 1

44. Origène, commentaire sur Jean, 5.3

45. Origène, Homélie sur Josué, 7

46. Voir l'appendix 1 dans 􏰀􏰀Critical introduction to the New Testament

47. St Augustin, doctrine Chrétienne, II, 8

48. Wolfgang Grünstäudl et Tobias Nicklas pensent que le fragment n'est probablement pas de Méthode d'Olympe voir Reading 1-2 Peter and Jude ; En sens inverse Gene L.Green cite Méthodes sans émettre de doute (Jude and Peter) tout comme Kenneth 0. Gangel dans The Bible knowledge commentary New Testament

49. Toutes ces informations sont reprise de "Gene L.Grene, Jude and Peter, introduction à 2 Pierre" et Michael J.Kruger, the authenticity of 2 Peter JETS 42/2 645-671 et du livre The Bible knowledge commentary New Testament edited by John F. Walvoord and Royt B.Zuck

50. Irénée de Lyon, contre les hérésies V,23.2

51. Épitre de Barnabés 15.4

52. Apocalypse de Pierre, 1

53. Michael Green, 2 Peter and Jude




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