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Jésus vs Inanna, la passion

Dernière mise à jour : août 31


Inanna est une déesse sumérienne connue bien avant l'existence du Christ. Un texte sumérien du nom de "la descente d'Inanna aux enfers" contiendrait des éléments se retrouvant dans la vie de Jésus. Le mythiste Thomas S.Verenna nous dit à propos de ce texte la chose suivante :

  • Ce n'est pas la première fois qu'une divinité est crucifiée, suivie de sa résurrection et de son ascension, avec des apparitions aux individus peu après. Dans la mythologie sumérienne, on raconte la descente d'Inanna dans le monde souterrain, sa crucifixion et sa mort, sa résurrection et son ascension ; après cette ascension, elle apparaît à des divinités :

  • "La sainte Éreskigal s'est assise un trône, les Anunna, les sept juges, ont prononcé le jugement devant elle. Ils lui fixèrent les yeux, les yeux de la mort. Sur leur parole, la parole qui torture l'esprit. La "femme (Inanna)" malade fut transformée en cadavre. Le cadavre a été pendu à un pieu. Après trois jours et trois nuits, son ministre Ninsubur... remplit le ciel de plaintes pour elle.... Devant Enki, il pleure : "Ô Père Enki, que ta fille ne soit pas mise à mort dans le monde souterrain"... Le père Enki répond à Ninsubur : "Qu'est-il arrivé à ma fille ! Je suis troublé, qu'est-il arrivé à Inanna... ! Qu'est-il arrivé à l'hiérogramme du ciel !... Inanna se lèvera sûrement '.... Inanna s'est levée. Inanna s'élève du monde inférieur"

  • Il est bien connu que cette histoire avait déjà imprégné la société juive bien avant le christianisme ; Ezek. 8:14 indique que des femmes pleuraient Tammuz à la porte nord. Tammuz était le seul Dieu qui refusa de se prosterner d'abord devant Inanna après son réveil et son ascension. En conséquence, elle l'a banni dans le monde inférieur. Le but de cet exercice est de mettre en lumière le fait que l'histoire d'un Dieu crucifié qui est ressuscité des morts et qui est monté remonte bien avant le récit de la Passion et le sauveur crucifié de Paul. [1]

D'après ces informations on pourrait retenir plusieurs parallèles :

  1. Inanna a été crucifié à un pieux comme Jésus

  2. Inanna est ressuscité après trois jours et trois nuits

  3. Cette histoire était connu des chrétiens puisque Tammuz le mari d'Inanna est mentionné en Ezechiel 8.14


En réalité dans ces conclusions il n'y a rien d'absolument véridique. David Litwa qui a commenté les parallèles fait par Richard Carrier entre Inanna et Jésus nous dit la chose suivante "comme exemple de démonstration, il met en avant le mythe mésopotamien d'Inanna (daté d'environ 1900 à 1600 avant J.-C.). Carrier laisse toutefois inexpliqué comment cette histoire extrêmement ancienne a pu réellement influencer les auteurs des évangiles en Syrie, en Palestine et à Rome entre 70 et 100 de notre ère [2]". Bien que je ne sois pas en accord avec Litwa sur la date de rédaction des évangiles son explication en demeure pas moins cohérente, sur quelle base les mythiste peuvent dire que l'histoire d'Inanna était connue des chrétiens ? Absolument aucune. Le fait que Tammuz était connu d'Ezechiel ne prouve pas que des siècles après les chrétiens connaissaient la descente aux enfers de la déesse Inanna, à ce titre on ne peut pas prouver que l'histoire n'était pas connue des chrétiens ou en sens inverse qu'elle était connue.

Ensuite concernant la crucifixion d'Inanna il s'agit là d'une habile manipulation de la part de Thomas S.Verenna, pourquoi ? Parce que ce la façon dont est morte Inanna et sensiblement différente de celle de Jésus. Dans la descente aux enfers d'Inanna, Inanna descend aux enfers pour détrôner Éreskigal, elle fini par être tué et son cadavre est suspendu à un clou/crochet [3]. Maurice Casey a expliqué ce passage en mettant en lumière que le cadavre d'Inanna a été suspendu à un crochet de la même manière qu'un boucher accroche un bout viande sur un crochet :

  • Dans le contexte de la discussion sur l'historicité de Jésus de Nazareth, ce n'est pas du tout la même chose. Jésus a subi le châtiment romain de la crucifixion, et Inanna, déesse adorée à Sumer deux millénaires auparavant, ne l'a pas subi. Ainsi, Jésus a été cloué sur une croix pour qu'il meure, tandis qu'Inanna a été "suspendue à un crochet sur le mur", comme l'étaient et le sont encore les grands morceaux de viande. [4]

Ce qui est complètement différent de la crucifixion de Jésus. Richard Carrier a répondu à Maurice Casey en expliquant que le terme crucifixion dans le langage grec et romain pouvait faire référence à une suspension sur un poteau [5]. Sur ce point Richard Carrier a raison [6] mais cela pose toujours quelques problèmes. Jésus a subi le châtiment romain de la crucifixion qui est une pratique historique pratiqué par les perses, les grecs et le romains et ce châtiment n'était pas une peine répandue à l'époque où le texte d'Inanna a été composé. De plus, de nos jours lorsque l'on entend le terme "crucifixion" c'est généralement pour décrire une mort sur une croix [7]. Pour qu'elle raison alors les mythistes utilisent le terme crucifixion pour décrire le mythe d'Inanna alors que les spécialistes qui traduisent le texte d'Inanna n'utilisent jamais ce terme mais traduisent par "suspendu à un clou/crochet" [8] ? La réponse est évidente, si les mythistes le font (et non les érudits qui traduisent le texte d'Inanna) c'est pour forcer le rapprochement entre Inanna et Jésus, et sous-entendre que les personnes qui ont inventés le personnage de Jésus auraient pu interpréter la mort d'Inanna comme une "crucifixion". Premièrement comme on la vu plus haut il n'existe aucune preuve que les juifs de Palestine au 1er siècle ont été influencés par la "descente aux enfers d'Inanna", ensuite si ce texte était connu on peut légitiment se demander pour quelle raison les auteurs du NT auraient plagiés la mort d'Inanna pour insérer autant de différences. Alors qu'Inanna est morte en enfer Jésus est mort sur terre, Inanna est morte puis a été accrochée à un crochet, alors que Jésus a subi la peine historique de la crucifixion et est mort pendant cette crucifixion, pourquoi ne pas avoir fait mourir Jésus avant d'être attaché à la croix si ce dernier est plagié sur Inanna ? Il en ressort clairement que le contexte de la mort d'Inanna et de Jésus sont radicalement différend, l'un à pour vocation d'être un mythe dont la mort est une allusion à un bout de viande accroché sur un crochet comme un bouchers accroche sa viande et l'autre à pour vocation d'être un juif du 1er siècle qui est mort en subissant par les romains la peine de la crucifixion.


Pour la résurrection, comme pour le point précédent le parallèle est souvent exagéré. Premièrement la mention des trois jours et trois nuit à propos d'Inanna ne concerne pas le temps qui découle entre la mort d'Inanna et sa résurrection mais comme le souligne Tryggve Mettinger "Il faut noter, avec Notscher, que l'expression (trois et jours et trois nuits) dans la Descente d'Inanna ne fait pas référence au laps de temps entre la mort et la résurrection mais plutôt au temps qui passe avant que Ninsubur n'incite Enki à agir [9]", ce qui est parfaitement logique puisque quand on lit le texte de la descente d'Inanna aux enfers on voit clairement que c'est une fois que les trois jours et trois nuits sont passés que Ninsubur fait retentir le tambour au siège de l'assemblée, qu'elle visite tour à tour les résidences des dieux, qu'elle demande de l'aide à Enlil qui refuse, puis demande de l'aide à Nanna qui refuse aussi puis fini par demander de l'aide Enki qui accepte. Pour l'aider Enki créer un kurgara et un kalatur pour les envoyer en enfer récupérer le cadavre d'Inanna. Une fois en enfer ils versèrent de la nourriture et de l'eau de vie sur Inanna et c'est alors qu'elle revint à la vie. Voilà donc à quoi correspond les trois jours et trois nuits, au commencement du périple pour faire revivre Inanna et non au moment même où Inanna revint à la vie. D'ailleurs la suite du récit montre que la résurrection d'Inanna est bien différente de celle de Jésus puisqu'en sortant de l'enfer Inanna dû trouver un substitut pour avoir la possibilité de quitter l'enfer. Le substitut fût Tammuz sauf que le substitut n'était valable que la moitié d'une année par an et l'autre moitié fût pour Inanna.

Au final les différences s'avèrent très nettes :

  • Jésus est mort sur une croix - Inanna est morte en enfer puis après sa mort a été accroché sur un crochet comme un bout de viande

  • Jésus est ressuscité après trois jours et trois nuits - On ne sait pas après combien de temps Inanna est ressuscité, on sait seulement qu'après trois jours et trois nuits son assistante Ninsubur à commencé à chercher un moyen de faire sortir Inanna de l'enfer

  • Jésus est ressuscité est monté au ciel - Inanna n'est ressuscité que pour la moitié d'une année par an


Je conclus ce point en citant David Litwa qui nous dit la chose suivante à propos des parallèles entre Jésus et les autres divinités revenus à la vie :

  • Seule la divinité chrétienne renonce à sa vie de son propre chef. Cet acte unique change le sens de sa mort. Il meurt (en langue paulinien) "pour nous" ou "pour nos péchés". Sa mort est un sacrifice conscient, un acte de substitution. Ce seul élément rend le mythe de la mort du Christ significativement différent de celui des autres divinités mourantes et ressuscitantes. [10]




1. Thomas S.Verenna, Is not carpenter, pp142-143

2. David Litwa, How the Gospels became history p39

3. "Clou" est dans la traduction de Jean Bottero, lorsque les dieux faisaient l'homme, p282 ; Maurice Casey utilise la traduction "crochet", Jesus evidence and argument or mythicist myths, pp230-231

4. Maurice Casey, Jesus evidence and argument or mythicist myths, pp230-231

5. https://www.richardcarrier.info/archives/4282#inanna

6. David W.Chapman, Ancient jewish and Christian perceptions of crucifixion, pp8-13

7. David W.Chapman, Ancient jewish and Christian perceptions of crucifixion, p7

8. Jeremy Black, Graham Cunningham, Eleanor Robson & Gabor Zolyomi, The literature ancient Sumer, p71 ; Jean Bottéro, Lorsque les dieux faisaient l'homme, p282 ; Henriette Broekema, Inanna, lady of heaven and earth, chap22 ; Wolkstein & Kramer, Inanna, p60

9.Tryggve Mettinger, The riddle of resurrection, pp214-215

10. David Litwa, How the Gospels became history pp40-41




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