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Jean 17.4 prouve que la mission de Jésus ne concerne pas la crucifixion ?

Dernière mise à jour : 8 nov.


Jean 17

4 Je vous ai glorifié sur la terre, j'ai achevé l'oeuvre que vous m'avez donnée à faire.


Ce verset est souvent invoqué comme preuve que la crucifixion de Jésus ne concernait pas sa mission (voir l'évangile) puisque le Christ dit bien "j'ai achevé l'oeuvre que vous m'avez donnée à faire" alors qu'il n'est pas encore mort. L'objectif est bien évidement de nier tout ce qui découle de la sotériologie. Mais cette objection se heurte à plusieurs gros problèmes.



1.

Il n'est dit nul part dans le Nouveau Testament que "l'oeuvre" que Jésus a à faire est l'équivalant de l'entièreté de sa mission, en Jean 4.34 le Christ dit que sa nourriture consiste à faire la volonté et l'oeuvre du Père donc l'oeuvre ne peut faire référence à toute la mission du Christ.

Jean 4.34 Jésus leur dit : "Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son oeuvre.



2.

En Actes 15.7 l'apôtre Pierre nous dit que par sa bouche les païens ont entendu l'évangile "15.7 A la suite d'une longue discussion, Pierre se leva et leur dit : "frères, vous savez que Dieu, il y a longtemps déjà, a fait son choix parmi vous, afin que, par ma bouche, les Gentils entendissent la parole de l'Evangile et devinssent croyants", quand on lit Actes 10 on peut voir l'apôtre prêcher l'évangile à Corneille et lui raconter tout ce que Jésus a fait de son baptêmes à résurrection ! L'évangile concerne donc bien la crucifixion et la résurrection.

Actes 10.34 Alors Pierre, ouvrant la bouche, dit : " En vérité, je me rends compte que Dieu ne fait point acception de personnes, 35 mais qu'en toute nation celui qui le craint et pratique la justice lui est agréable. 36 Il a envoyé la parole aux fils d'Israël, en annonçant la paix par Jésus-Christ : c'est lui qui est Seigneur de tous. 37 Vous savez, vous, la chose qui s'est passée dans toute la Judée, commençant par la Galilée après le baptême que Jean a prêché, 38 comment Dieu a oint de l'Esprit-Saint et de puissance Jésus de Nazareth, qui alla de lieu en lieu, faisant du bien et guérissant tous ceux qui étaient sous l'empire du diable, car Dieu était avec lui. 39 Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu'il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem, lui qu'ils ont fait mourir en le pendant au bois. 40 Dieu l'a ressuscité le troisième jour, et il lui a donné de se faire voir, 41 non à tout le peuple, mais à des témoins choisis d'avance par Dieu, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d'entre les morts. 42 Et il nous a commandé de prêcher au peuple et d'attester que c'est lui que Dieu a constitué juge des vivants et des morts. 43 A lui tous les prophètes rendent ce témoignage, que quiconque croit en lui reçoit par son nom rémission des péchés. "



3.

Quand on prend Jean 17.4 dans son contexte on se re compte que le Christ va décrire l'oeuvre qu'il a accompli, à partir du verset 6 jusqu'au verset 26


Du verset 11 à 12 parlant au Père le Christ dit qu'il "n'est plus dans le monde" et que lorsqu'il était avec eux (ses disciples) aucun d'eux ne s'est perdu sauf le fils de perdition afin que l'écriture fut accomplie. Et pourtant ce n'est pas ici que cette écriture est accomplie mais c'est dans le chapitre suivant aux versets 8 et 9 :

Jean 18.8 Jésus répondit : "Je vous l'ai dit, c'est moi. Si donc c'est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci." 9 Il dit cela afin que fût accomplie la parole qu'il avait dite : "Je n'ai perdu aucun de ceux que vous m'avez donnés."


Nous retrouvons la même chose en Jean 17.18, le Christ dit qu'il a envoyé les apôtres dans le monde et pourtant cette parole n'est réalisée qu'en Jean 20.21 !

Jean 20:21 Il leur dit une seconde fois : "Paix avec vous !" Comme mon Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie."


Dans le chapitre 17 le Christ parle donc de manière proleptique (la prolepse désigne le fait de raconter d’avance un événement qui va avoir lieu plus tard dans la narration. [1]) comme le prouve les versets 12 et 20, l'oeuvre ne peut donc pas être accomplie au moment même où Jésus prononce son discours.

Plusieurs commentateurs ont remarqués l'anticipation en Jean 17.4, de même pour les Pères de l'église :


Abbé Fillion 

Dans le texte grec, le temps du verbe indique de nouveau une anticipation. Cf. 16, 33. Le Rédempteur voit son œuvre, et aussi le but de cette œuvre, comme des choses actuellement achevées. - L’œuvre que vous m’avez donnée à faire. Cf. 5, 36 et le commentaire. Jésus n’avait pas choisi, il avait simplement obéi. [2]



D A.Carson 

Il (Jésus) parle donc de façon proleptique comme au v 12, retombant parfois dans une description plus terre à terre de la place qu'il occupe dans le déroulement de l'histoire de la rédemption. [3]



Merill C.Tenney

Bien que le dernier acte de sa carrière reste à accomplir, Jésus affirme qu'il a accompli sa tâche. Il considérait comme acquis le fait que la dernière étape serait franchie. On peut trouver un indice en faveur de cette affirmation proleptique dans Jean 12:27-28 : "C'est précisément pour cette raison que je suis venu à cette heure. Père, glorifie ton nom." Bien que conscient qu'il avait la possibilité de refuser la croix et d'échapper ainsi à la mort, il avait décidé irrévocablement d'achever l'œuvre pour laquelle il avait été envoyé. [4]



St Augustin

Mais comment a-t-il achevé l'oeuvre qu'il avait reçu mission d'accomplir, quand il reste encore à faire l'expérience de cette passion, par laquelle il a surtout donné à ses martyrs un exemple à suivre; ce qui a fait dire à l'apôtre Pierre : « Jésus-Christ a souffert pour nous, nous laissant a son exemple afin que nous suivions ses traces ? » Parce qu'il a pu dire qu'il avait achevé ce qu'il savait certainement devoir achever. C'est ainsi que, longtemps avant l'événement, il se servait, dans les prophéties, de verbes au temps passé, quand ce qu'il annonçait ne devait arriver que bien des années après : « Ils ont percé », dit-il, « mes mains « et mes pieds; ils ont compté tous mes os » ; il ne dit pas : Ils perceront, ils compteront. Dans notre Evangile même, il dit : « Tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître », quoiqu'en s'adressant ensuite aux mêmes hommes, il leur dise

« J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez les porter maintenant ». En effet, pour celui qui, par des causes certaines et immuables, a prédestiné tout ce qui doit arriver, on peut dire que déjà il a fait ce qu'il doit faire. [5]


St Jean Chrysostome

Pour vous montrer qu'il parle de cette sorte de gloire, écoutez ce qu'il dit ensuite : " J'ai achevé l'ouvrage que vous m'aviez donné à faire ". Mais il en était encore au commencement , ou même, à peine l'avait-il commencé. Comment dit-il donc : " J'ai achevé l'ouvrage? " Il le dit : ou parce qu'il avait fait tout ce qu'il lui appartenait de faire, ou parce qu'il parle de ce qui doit arriver, comme étant déjà arrivé ; ou plutôt disons que tout était déjà fait, du moment qu'il avait planté la racine du bien, d'où devait nécessairement naître le fruit; et qu'il assistait, qu'il secondait ceux qui viendraient dans la suite. [6]






  1. https://www.etudes-litteraires.com/figures-de-style/prolepse.php

  2. http://jesusmarie.free.fr/bible_fillion_jean.pdf

  3. Merill C.Tenney, The expositor's Bible commentary volume 9, p735

  4. D A.Carson, Évangile selon Jean, p162

  5. St Augustin, Evangile de Jean traité 105

  6. St Jean Chrysostome,  Commentaire sur l'Evangile selon Saint Jean,  HOMÉLIE LXXX.

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