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Les quatre Évangiles anonymes ?

Mis à jour : févr. 28



On ne connait pas les auteurs des évangiles, ce sont des textes anonymes. Qui n’a jamais entendu ce genre de discours ?

Cette position reflète la positon propagé par les modernistes, comme exemple on peut reprendre un texte fait par le prosélyte musulman antishubohat et qui a été beaucoup propagé sur les réseaux sociaux [1] :

RAYMOND E. BROWN est reconnu comme un des meilleurs spécialistes mondiaux du nouveau testament, professeur émérite d’étude biblique a New-York, il a reçu plus de trente distinctions des universités catholique et protestantes dans le monde, président de plusieurs sociétés d’études bibliques aux États-Unis et en Europe, il a été appelé par deux pape à faire partie de la commission biblique pontificale. Il nous dit dans son livre : QUE SAIT-ON DU NOUVEAU TESTAMENT ? A la page : 43  Aucun évangiles ne mentionne de nom d’auteur, et il est tout à fait possible qu’aucun n’ait été écrit par celui dont il porte le nom selon une tradition datant de la fin du 2éme siècles (ce qui implique que les 4 évangiles n’avaient aucun titre pendant presque 2 siècles) Il nous dit aussi dans la page 57  : Il y a presque deux mille ans, les évangélistes rédigèrent en grec quatre évangiles, nous n’avons pas les manuscrits originaux nés de la plume des évangélistes, ni d’ailleurs aucun original d’aucun livre du nouveau testament, ce que nous avons, ce sont beaucoup de copies manuscrites en grec réalisés pendant quelques mille quatre cents ans, entre 150 et l’invention de l’imprimerie, souvent, mais généralement sur des points de détail, ces copies différent entre elles en raison de fautes ou de modifications de copistes, Il nous dit aussi dans la page 58  Les sources évangéliques doivent nous préoccuper tout particulièrement, parce que selon toute vraisemblance les évangélistes ne furent pas des témoins oculaires de la vie de jésus. . A la page 91 : L'église catholique a décidé de la canonicité sur la base d'une longue pratique régulière dans la liturgie, et non sur les conclusions des spécialistes à propos de qui avait écrit où copié ceci ou cela. Ces "textes originaux" n'existent pas, Ce qui existe vraiment sont les transcriptions qui sont apparues entre le IVéme et le Xéme siècle . Et celles-ci sont des transcriptions de transcriptions, Bart D. Ehrman est professeur d’histoire des religions aux Etats-Unis, et auteur de nombreux ouvrages sur la littérature chrétienne, En 2005 il écrit un livre intitulé : "Misquoting Jesus : l'histoire derriére qui a changé la bible et pourquoi" ,ou il explique les conclusions tirées de la critique textuelle de la bible, concernant le mythe des "manuscrits originaux" Erhman affirme : " Non seulement nous n'avons pas les originaux, mais nous n'avons pas les premiéres copies des originaux, nous n'avons même pas les copies des copies des originaux , ni même les copies des copies des copies des originaux . ce que nous avons sont des copies faites plus tard- beaucoup plus tard. Dans la plupart des cas, ce sont des copies rédigées nombreux siècles plus tard, et toutes ces copies sont différentes l'une de l'autre, dans de milliers d'endroits. Comme nous le verrons plus tard dans ce livre, ces copies différent les unes des autres en tant d'endroits que nous ne savons même pas combien il existe de différences. il est peut-être plus facile de dire : il existe plus de différence entre nos manuscrit qu'il y en a de mots dans le nouveau testament " ([Misquoting Jesus par Bart D. Ehrman page 10] ). Bart D. Ehrman , dans son livre la construction de jésus: aux sources de la religion chrétienne: il nous dit dans la page 154  : LE NOUVEAU TESTAMENT CONTIENT-IL DES FAUX? Des 27 Livres que compte le nouveau testament, huit seulement ont à peu près certainement été écrits par ceux dont ils portent la signature : les sept épitres incontestées de Paul (aux romain, aux corinthiens 1 et2, au galates, aux philippiens, aux thessaloniciens 1 et à Philémon) et l'apocalypse de jean ( toutefois, on sait trop qui était ce jean). et dans la page 187  Cette idée que le nouveau testament contient des livres écrits " sous de faux noms " est courante parmi les spécialistes, Elle est admise dans toutes les grandes institutions de haut savoir en occident, elle domine dans tous les grands manuels sur le nouveau testament, dans les séminaires et les instituts de théologie, et c'est ce que les pasteurs apprennent quand ils se préparent à leur ministère. .... Joachim Kahl, diplômé en théologie de l'Université Phillips à Marburg a noté que " l'ignorance de la plupart des Chrétiens est due largement à la maigre information fournie par les théologiens et les historiens ecclésiastiques, qui connaissent deux façons de cacher les faits scandaleux de leurs livres. Ils y déforment la réalité à l'opposé absolu ou la cachent." Hans Conzelmann, Professeur des études du Nouveau Testament à Tottingen a admis que " la communauté chrétienne continue à exister parce que les conclusions de l'étude critique de la Bible sont en grande partie tenues à l'écart d'eux."

Dans ce texte nous pouvons constater que des érudits sont cités à l’appuie de la théorie des évangiles anonymes, ce qui normalement devrait clore le débat. Sauf qu'il existe un autre son de cloche représenté par des spécialistes conservateurs qui ne sont bien évidement jamais mis en avant par ceux qui cherchent à discréditer les évangiles. Dans cet article je vais présenté la position inverse qui consiste à défendre l’autorité des quatre évangiles en faisant une synthèse des divers spécialistes qui soutiennent la position traditionnelle à savoir que les quatre évangiles ont été écrit par Matthieu, Marc, Luc et Jean et pour cela je vais procéder en plusieurs points :

1. Les sources externes

A. Les manuscrits 

B. Les Pères de l’église du 2ème et 3ème siècle


2. Les preuves internes

A. Matthieu

B. Marc & Luc 

C. Jean


1. Les sources externes.


A. Les manuscrits.


Nous possédons actuellement plusieurs manuscrits anciens qui nous donnent les noms de Matthieu, Marc, Luc et Jean.

Pour le premier évangile nous avons :

  • Le Papyrus 4 du deuxième siècle qui porte « Évangile selon Matthieu »

  • Le Papyrus 62 du deuxième siècle qui porte « Évangile selon Matthieu »

  • Le Codex Sinaiticus du quatrième siècle qui porte « Selon Matthieu »

  • Le Codex Vaticanus du quatrième siècle qui porte « Selon Matthieu » 

  • Le Codex Washingtonianus du quatrième/sixième siècle porte « Évangile selon Matthieu »

  • Le Codex Alexandrinus du cinquième siècle qui porte « Évangile selon Matthieu »

  • Le Codex Ephraemi du cinquième siècle qui porte « Évangile selon Matthieu »

  • Le Codex de Bezae du cinquième siècle porte « Évangile selon Matthieu »


Pour le deuxième évangile nous avons :

  • Le Codex Sinaiticus du quatrième siècle qui porte « Selon Marc »

  • Le Codex Vaticanus du quatrième siècle qui porte « Selon Marc » 

  • Le Codex Washingtonianus du quatrième/sixième siècle porte « Évangile selon Marc »

  • Le Codex Alexandrinus du cinquième siècle porte « Évangile selon Marc »

  • Le Codex Ephraemi du cinquième siècle porte « Évangile selon Marc »

  • Le Codex de Bezae du cinquième siècle porte « Évangile selon Marc »



Pour le troisième évangile nous avons :

  • Le Papyrus 75 du troisième siècle qui porte « Selon Luc »

  • Le Codex Sinaiticus du quatrième siècle qui porte « Selon Luc »

  • Le Codex Vaticanus du quatrième siècle qui porte « Selon Luc » 

  • Le Codex Washingtonianus du quatrième/sixième siècle qui porte « Évangile selon Luc »

  • Le Codex Alexandrinus du cinquième siècle qui porte « Évangile selon Luc »

  • Le Codex Ephraemi du cinquième siècle qui porte « Évangile selon Luc »

  • Le Codex de Bezae du cinquième siècle qui porte « Évangile selon Luc »


Pour le quatrième évangile nous avons :

  • Le Papyrus 66 de la fin du deuxième siècle qui porte « Évangile selon Jean »

  • Le Papyrus 75 du troisième siècle qui porte « Selon Jean »

  • Le Codex Sinaiticus du quatrième siècle qui porte « Selon Jean »

  • Le Codex Vaticanus du quatrième siècle qui porte « Selon Jean » 

  • Le Codex Washingtonianus du quatrième/sixième siècle qui porte « Évangile selon Jean »

  • Le Codex Alexandrinus du cinquième siècle qui porte « Évangile selon Jean »

  • Le Codex Ephraemi du cinquième siècle qui porte « Évangile selon Jean »

  • Le Codex de Bezae du cinquième siècle qui porte « Évangile selon Jean » [2]

En sens inverse, savez-vous sur combien d’anciens manuscrits des évangiles, ayant un autre nom ou n’ayant pas de nom se repose les partisans de la théorie des évangiles anonymes ? 

  • Pour le premier évangile le nombre s’élève à ? Zéro

  • Pour le deuxième évangile le nombre s’élève à ? Zéro

  • Pour le troisième évangile le nombre s’élève à ? Zéro

  • Pour le quatrième évangile le nombre s’élève à ? Zéro.

Sur ce dernier point le professeur Brant Pitre nous dit « le premier et peut-être le plus grand problème de la théorie des Évangiles anonymes est le suivant : aucune copie anonyme de Matthieu, Marc, Luc ou Jean n'a jamais été trouvée. Pour autant que nous le sachions, elles n'ont jamais existé. Au contraire, comme l'a démontré le spécialiste du Nouveau Testament Simon Gathercole, les manuscrits anciens sont unanimes à attribuer ces livres aux apôtres et à leurs compagnons. » et de dire plus loin  « non seulement les plus anciens et les meilleurs manuscrits, mais tous les manuscrits anciens - sans exception, dans toutes les langues - attribuent les quatre évangiles à Matthieu, Marc, Luc et Jean. ». [3]

B. Les Pères de l’église et autres (2ème/3ème siècle).


Nous disposons de plusieurs témoignages provenant des Pères de l’église parmi lesquels nous retrouvons Papias de Hiérapolis, Justin le Martyr, St Irénée de Lyon, le canon de Muratori, Clément d’Alexandrie, Tertullien et Origène.


Papias (environ 130 ap J.C) mentionne Matthieu et Marc comme disciple et interprète de l’apôtre Pierre :

  • Et voici ce que disait le presbytre : Marc qui était l’interprète de Pierre a écrit avec exactitude, mais pourtant sans ordre, tout ce dont il se souvenait de ce qui avait été dit ou fait par le Seigneur. Car il n’avait pas entendu ni accompagné le Seigneur ; mais plus tard, comme je l’ai dit, il a accompagné Pierre. Celui-ci donnait ses enseignements selon les besoins, mais sans faire une synthèse des paroles du Seigneur. De la sorte, Marc n’a pas commis d’erreur en écrivant comme il se souvenait. Il n’a eu, en effet, qu’un seul dessein, celui de ne rien laisser de côté de ce qu’il avait entendu et de ne tromper en rien dans ce qu’il rapportait. Matthieu réunit donc en langue hébraïque les logia (de Jésus) et chacun les interpréta comme il en était capable  [4]


Justin le Martyr (environ 140-165 ap J.C) cite l’expression « que s’éloigne, si c’est possible, cette coupe » présente en Matthieu 26.39; Marc 14.36 et Luc 22.42 en nous parlant des « mémoires composés par les apôtres et leurs disciples » :

  • Car dans les Mémoires qui, comme je le dis, ont été composés par ses apôtres et leurs disciples, il est écrit que coulait une sueur semblable à des caillots de sang, tandis qu'il priait en disant : Que s'éloigne, si c'est possible, cette coupe ! C'est que son cœur, assurément, était tout chancelant, de même que ses os, et ce cœur lui semblait une cire fondant au sein de ses entrailles, afin que nous sachions qu'à cause de nous, le Père voulait aussi que son Fils connût véritablement de semblables souffrances, et pour que nous n'allions point dire que, Fils de Dieu, celui-là n'était pas affecté par ce qui se passait et qui lui arrivait. [5]

Dans un autre passage Justin fait référence à Marc 3.17 en disant qu’il s’agit des mémoires de Pierre :

  • Quand il est dit qu'il changea le nom de l'un des Apôtres en celui de Pierre − événement qui lui aussi se trouve consigné dans ses Mémoires − outre qu'il a changé encore le nom des deux frères, fils de Zébédée, en celui de Boanergès, c'est-à-dire « fils du tonnerre », c'était là le signe qu'il était bien celui par qui son surnom fut donné à Jacob devenu Israël, et le nom d'Ausès changé en Jésus, nom par lequel fut introduit dans la terre promise aux patriarches le peuple survivant de ceux qui étaient sortis d'Égypte. [6]


Irénée de Lyon (environ 180 ap J.C) nous donne les noms de Matthieu, Marc, Luc et Jean pour les quatre évangiles :

  • Ainsi Matthieu publia-t-il chez !es Hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite l'Evangile, à l'époque où Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l'Eglise. Après la mort de ces derniers, Marc, le disciple et l'interprète de Pierre, nous transmit lui aussi par écrit ce que prêchait Pierre. De son côté, ,Luc, le compagnon de Paul, consigna en un livre l'Evangile que prêchait celui-ci. Puis Jean, le disciple du Seigneur, celui-là même qui avait reposé sur sa poitrine, publia lui aussi l'Evangile, tandis qu'il séjournait à Ephèse, en Asie. [7]

Le prologue anti marcioniste de Marc et de Luc (160-180 ap J.C) mentionnent Marc et Luc comme un auteur d'un évangile chacun :

  • Marc qui a été appelé "doigt court", parce qu'il avait des doigts trop petits comparé au reste de son corps. Était lui-même l'interprète de Pierre. Après la mort de Pierre lui-même, le même homme a écrit cet évangile dans les régions d'Italie.

  • Par conséquent, bien que des évangiles aient déjà été écrits, par Matthieu en Judée et par Marc en Italie. Mais poussé par l'Esprit Saint il (Luc) a écrit cet évangile dans les parties de l'Achaïe [8]


Le fragment de Muratori (environ 180 ap J.C) mentionne le troisième évangile comme étant de Luc et le quatrième évangile comme étant de Jean :

  • " ... Troisième livre de l’Evangile, selon Luc. Luc, ce médecin, après l’ascension du Christ, alors que Paul l’avait pris auprès de lui en tant qu’expert en droit, en son nom pense-t-on, écrivit. Il n’avait pourtant pas vu lui-même le Seigneur dans la chair. Et pourtant, dans la mesure où il put y réussir, il entreprit de dire, en commençant par la nativité de Jean. Quatrième livre de Evangiles, de Jean, l’un des disciples. A ses co-disciples et aux évêques qui l’exhortaient, il dit:   " Jeûnez avec moi un triduum, et ce qui sera révélé à chacun, nous le narrerons les uns aux autres. "  La même nuit, il fut révélé à André, l’un des apôtres, que Jean, avec l’assentiment de tous, en leur nom décrirait toutes choses. C’est pourquoi, alors que divers sont les principes enseignés par chacun des livres des Evangiles, ils ne diffèrent en rien pour la foi des croyants, puisque c’est par un esprit unique et principal que toutes choses sont déclarées, sur la nativité, la passion, la résurrection, la conversation avec ses disciples et sa venue géminée, la première, méprisée, en humilité, qui a eu lieu, la seconde, glorieuse, avec la puissance royale, qui aura lieu. Quoi d’étonnant, si Jean profère avec tant de constance chacune de ces choses dans ses lettres, disant de lui-même: " Ce que nous avons vu de nos yeux, et avons entendu de nos oreilles, et que nos mains ont palpé, ces choses nous vous les avons écrites. " Ainsi, en effet, il ne se confesse pas seulement voyant et auditeur, mais aussi écrivain, dans l’ordre, de toutes les choses merveilleuses du Seigneur. [9]


Clément d’Alexandrie (environ 200 ap J.C) nous parle des noms de Matthieu, Marc et Jean pour les évangiles :

  • Ils n'étaient pas aussi sans éprouver les mêmes choses, les disciples de notre Sauveur, les douze apôtres, les soixante-dix disciples, et bien d'autres avec ceux-ci. Cependant d'eux tous, Matthieu et Jean, seuls, nous ont laissé des mémoires des entretiens du Seigneur; encore ils n'en vinrent à les composer que poussés, dit-on, par la nécessité. Matthieu prêcha d'abord aux Hébreux. Comme il dut ensuite aller en d'autres pays, il leur donna son évangile dans sa langue maternelle; il suppléait à sa présence, auprès de ceux qu'il quittait, par un écrit. Dans les mêmes livres, Clément établit encore, en ce qui regarde l'ordre des Évangiles, la tradition des anciens presbytres qui est la suivante. Il dit que les Évangiles qui contiennent les généalogies furent écrits avant les autres. Celui de Marc fut entrepris de la façon suivante : Pierre prêchait publiquement à Rome la parole de Dieu, et exposait l'évangile sous l'action de l'Esprit; ceux qui avaient assisté à ses prédications (ils étaient nombreux) exhortèrent Marc qui avait accompagné Pierre depuis longtemps et qui se souvenait des choses dites par lui, à les consigner par écrit. Il le lit et il donna l'Évangile à ceux qui le lui avaient demandé. Pierre l'apprit, et ne fit rien par ses conseils pour l'empêcher ni pour l'y pousser. Cependant Jean, le dernier, voyant que le côté matériel avait été mis en lumière dans les évangiles, poussé par les disciples et divinement inspiré par l'Esprit, fit un évangile spirituel. Voilà ce que dit Clément. [10]

Tertullien (environ 200-225 ap J.C) mentionne Matthieu et Jean comme apôtre puis Marc et Luc comme disciple d’apôtre :

  • Car la prédication des disciples aurait pu être soupçonnée de vaine gloire, si elle n'avait eu pour appui l'autorité des maîtres, je me trompe, l'autorité du Christ, qui avait délégué ses pouvoirs aux apôtres. Parmi les apôtres, Jean et Matthieu nous enseignent la foi. Parmi les hommes apostoliques, Luc et Marc répètent les enseignements de leurs devanciers, partent des mêmes principes, proclament avec eux un seul Dieu créateur, et Jésus-Christ son fils, né d'une vierge, consommation de la loi et des prophètes. Que l'enchaînement de leur narration diffère, peu importe, pourvu qu'ils s'accordent sur les dogmes fondamentaux, concordance qui ne se trouve point chez Marcion. Marcion, au contraire, n'assigne point d'auteur à l'Evangile, c'est-à-dire à celui qu'il s'est forgé, comme s'il n'avait pu supposer un litre à l'œuvre après avoir osé attaquer tout le corps de l'œuvre. Je pourrais m'arrêter là. C'en est assez pour récuser un ouvrage qui ne lève pas la tête au grand jour, qui ne présente aucune garantie, ni par l'authenticité de son titre, ni par la déclaration légitime de son auteur. Mais nous aimons mieux suivre l'ennemi dans toutes ses attaques, nous qui n'ayons dans nos livres ni impostures, ni réticences. Entre tous nos écrivains évangéliques, Marcion paraît s'être attaché à Luc pour le mettre en pièces. Or Luc n'était pas un apôtre, ruais un homme apostolique! Ce n'était pas un maître, mais un disciple; inférieur, par conséquent, à son maître; on ne lui contestera pas d'être venu le second, puisqu'il fut le disciple du second apôtre, de Paul indubitablement. [11]

Origène nous donne lui aussi les noms de Matthieu, Marc, Luc et Jean :

  • « J'ai appris comme étant de la tradition, en ce qui concerne les quatre Évangiles qui sont les seuls incontestés dans l'Église de Dieu qui est sous le ciel, que le premier écrit est celui selon Matthieu, publicain d'abord, puis apôtre de Jésus-Christ ; il fut destiné à ceux qui avaient passé du Judaïsme à la foi, et fut composé en langue hébraïque. Le second est celui selon Marc, qui l'a fait selon les indications de Pierre; celui-ci du reste atteste dans l'épître catholique, qu'il est son fils et il parle en ces termes : « l'Église élue qui est à Babylone et Marc « mon fils vous salue ». Le troisième est celui selon Luc, l'Évangile loué par Paul et composé pour les gentils. Après tous vient celui selon Jean. » [12]

Hippolyte de Rome nous rapporte qu'il y'a quatre évangile (vers 202 ap J.C) :

  • Il coule dans ce jardin un fleuve d'une eau intarissable. Quatre fleuves en découlent, arrosant toute la terre. Il en est de même dans l'Église : le Christ, qui est le fleuve, est annoncé dans le monde entier par le quadruple évangiles. [13]

Denys d'Alexandrie reconnait les évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean (vers 250 ap J.C) :

  • Par ce que vous m'avez écrit, vous avez établi de manière très forte, et avec une bonne connaissance des divins Évangiles que rien de bien précis n'apparaît dans ceux-ci à propos de l'heure à laquelle Il s'est levé. En effet, les évangélistes ont décrit ceux qui sont venus au tombeau de diverses manières, c'est-à-dire à des moments différents, ils ont tous dit qu'ils avaient trouvé le Seigneur déjà ressuscité : "tard le jour du sabbat", comme le dit St Matthieu, "de bonne heure alors qu'il faisait encore nuit", comme l'écrit St Jean, "à l'aube", comme St Luc, et "très tôt... quand le soleil était levé", comme S. Marc. [14]

Cyprien de Carthage reconnait lui aussi qu'il n'ya que quatre évangiles (vers 256):

L'Église, à l'instar du paradis, renferme à l'intérieur de ses murs des arbres fruitiers. Parmi eux, celui qui ne donne pas de fruits est arraché et jeté au feu. Ces arbres, elle les arrose de quatre fleuves, c'est-à-dire des quatre évangiles par lesquels elle répand les flots célestes de la grâce du baptême. [15]



Tous ces témoignages nous apportent des informations très intéressantes, premièrement on peut constater qu’il n’existe pas de contradiction entre ces sources et qu’au contraire tous se complètent parfaitement. Deux témoignages doivent particulièrement attirer notre attention, les témoignages de Papias et d’Irénée.

La question que l’on doit se poser concerne les connaissances que Papias avait pour rapporter ce genre d’information ? Un texte de Papias cité et commenté par Eusèbe doit particulièrement attirer notre attention :

  • « Pour toi, je n'hésiterai pas à ajouter à mes explications ce que j'ai bien appris autrefois des presbytres et dont j'ai bien gardé le souvenir, afin d'en fortifier la vérité. Car je ne me plaisais pas auprès de ceux qui parlent beaucoup, comme le font la plupart, mais auprès de ceux qui enseignent la vérité; je ne me plaisais pas non plus auprès de ceux qui font mémoire de commandements étrangers, mais auprès de ceux qui rappellent les commandements donnés par le Seigneur à la foi et nés de la vérité elle-même. Si quelque part venait quelqu'un qui avait été dans la compagnie des presbytres, je m'informais des paroles des presbytres :ce qu'ont dit André ou Pierre, ou Philippe, ou Thomas, ou Jacques, ou Jean, ou Matthieu, ou quelque autre des disciples du Seigneur; et ce que disent Aristion et le presbytre Jean, disciples du Seigneur. Je ne pensais pas que les choses qui proviennent des livres ne fussent aussi utiles que ce qui vient d'une parole vivante et durable. »  Ici, il est convenable de remarquer que Papias compte deux fois le nom de Jean : il signale le premier des deux avec Pierre et Jacques et Matthieu et les autres apôtres, et il indique clairement l'évangéliste ; pour l'autre Jean, après  avoir coupé son énumération, il le place avec d'autres en dehors du nombre des apôtres : il le fait précéder d'Aristion et le désigne clairement comme un presbytre. Ainsi, par ces paroles mêmes est montrée la vérité de l'opinion selon laquelle il y a eu en Asie deux hommes de ce nom, et il y a, à Éphèse, deux tombeaux qui maintenant encore sont dits ceux de Jean . Il est nécessaire de faire attention à cela, car il est vraisemblable que c'est le second Jean, si l'on ne veut pas que ce soit le premier, qui a contemplé la révélation trans mise sous le nom de Jean . Papias, celui dont nous parlons maintenant, reconnaît avoir reçu les paroles des apôtres par (l'intermédiaire de) ceux qui les ont fréquentés5; il dit d'autre part avoir été lui-même l'auditeur d'Aristion et de Jean le presbytre : en effet, il les mentionne souvent par leurs noms dans ses écrits pour rapporter leurs traditions. [16]


On apprend d’après ce texte que Papias s’est renseigné sur ce qu’ont dit les apôtres et qu’il a été un auditeur d’Aristion et de Jean le presbytre qui étaient des disciples de Jésus. Eusèbe mentionne aussi le témoignage d’Irénée selon lequel Papias était un auditeur de « Jean » et compagnon de Polycarpe mais Eusèbe conteste le fait que Papias était disciple de l’apôtre Jean fils de Zébédée :

  • De Papias, on présente, au nombre de cinq, des livres qui sont intitulés les Exégèses des discours du Seigneur. De  ces livres, Irénée fait mention comme des seuls qui aient été écrits par Papias, en disant textuellement : « Papias, lui aussi auditeur de Jean et compagnon de Poly- carpe, homme ancien, a témoigné par écrit dans le quatrième de ses livres. En effet, il existe cinq livres composés par lui.» Voilà ce que dit Irénée. 

  • Pourtant, Papias, dans la préface de ses livres, ne se montre pas lui-même comme ayant jamais été l'auditeur ou le spectateur des saints apôtres, mais il apprend qu'il a reçu ce qui regarde la foi par ceux qui les avaient connus. [17]

Et Irénée lui meme dans ses écrits mentionne ce passage cité par Eusèbe :

  • Voilà ce que Papias, auditeur de Jean, familier de Polycarpe [18]


Mais comment donc comprendre la controverse au sujet des deux Jean mentionnés par Papias ?

Richard Bauckham dans son livre « Jesus and the Eyewitnesses : The Gospels as Eyewitness Testimony » conclut après étude des passages que Papias a entendu indirectement la prédication de Jean le Presbytre pendant que celui-ci était encore vivant et que ce meme Jean le Presbytre (autre que Jean le fils de Zébédée) est l’auteur du quatrième évangile et des épitres mentionnés par Irénée, d’après la position de Richard Bauckham, Papias aurait donc entendu la prédication d’un Jean le presbytre disciple direct de Jésus et mentionné dans le quatrième évangile comme étant le disciple que Jésus aimait. [19]


Une autre interprétation est possible, comme l’ont remarqués les professeurs Donald A.Carson et Douglas J.Moo, Eusèbe était très hostile à Papias et a, à plusieurs reprises mal interprété Papias et a fait tout sont possible pour amoindrir l’importance de son témoignage parce qu’il ne supportait pas le point de vue millénariste de Papias. [20]

Carson et Moo affirme que la majorité des spécialistes reconnaissent que le « Jean » que mentionne St Irénée de Lyon n’est autre que l’apôtre Jean fils de Zébédée, quand aux deux « Jean » mentionné par Papias, Carson et Moo soutiennent que Papias ne parle que d’un seul Jean dans son texte rapporté par Eusèbe. [21]

L’argument pour soutenir cette position et que les apôtres peuvent être appelés « presbytres » comme le prouve 1 Pierre 5.1 et sa syntaxe grec qui favorise l’idée selon laquelle « Aristion et le presbytre Jean » signifie quelque chose comme « Aristion et le presbytre Jean qui vient d’être mentionné ». [22]

  • 1 Pierre 5:1 J'exhorte les anciens qui sont parmi vous, moi ancien comme eux, témoin des souffrances du Christ, et qui prendrai part avec eux à la gloire qui doit être manifestée 

Le témoignage de St Irénée serait donc plus fiable comme le souligne Carson et Moo « il est beaucoup plus probable qu’Irénée ait eu raison à propos de Papias et non Eusèbe » [23], ainsi le problème viendrait d’Eusebè qui avait mal comprit les propos de Papias.

Michael J.Kruger, spécialiste de renommé mondial pour ses travaux sur le canon du Nouveau Testament pense lui aussi que Papias a connu la prédication de l’apôtre Jean fils de Zébédée, du vivant de l’apôtre.

Dans un bref article publié sur son blog il nous donne des détails qu’il résume en six points [24] :

  • 1) Irénée et la majorité des autres fragments concernant Papias affirment que Papias connaissait l'apôtre Jean. Le témoignage d'Irénée est particulièrement important étant donné qu'il est même antérieur à Eusèbe et qu'il affirme clairement que Papias était un "auditeur de Jean". 2) Malgré la déclaration confiante d'Eusèbe selon laquelle Papias ne connaissait pas l'apôtre Jean, dans son ouvrage précédent, la Chronique, il affirme en fait que Papias connaissait Jean. De toute évidence, le point de vue d'Eusèbe avait changé entre sa publication de la Chronique et celle de l'Histoire ecclésiastique (ce qui n'était pas inhabituel pour Eusèbe). 3) Papias déclare clairement qu'il "a appris des anciens".  Quelques phrases plus tard, Papias décrit les "paroles des anciens" comme "Ce qu'André ou Pierre a dit, ou Philippe, ou Thomas ou Jacques, ou Jean ou Matthieu ou n'importe lequel des disciples du Seigneur, et ce que Aristion et l'ancien Jean, les disciples du Seigneur, disaient". En d'autres termes, il semble que Papias utilise le mot "anciens" pour désigner les apôtres. 4) Eusèbe admet que Papias a appris directement de "l'aîné Jean" mentionné dans la citation ci-dessus. Bien qu'Eusèbe pense qu'il s'agit d'un Jean autre que l'apôtre, il semble probable qu'il ait mal compris les paroles de Papias ici. Lorsque Papias mentionne le nom de Jean une seconde fois dans la déclaration ci-dessus, il est mieux compris comme une référence à l'apôtre Jean, du fait que tous deux sont appelés "ancien" et de l'utilisation anaphorique de l'article qui renvoie au Jean précédent. 5) De plus, l'idée d'Eusèbe de second "Jean" à Ephèse, différent de l'apôtre, est basée sur les conclusions erronées tirées par Dionysos d'Alexandrie, et alimentée par ses préjugés contre l'eschatologie chiliastique de Papias. 6) Papias était un collègue et un contemporain de Polycarpe. Comme Polycarpe connaissait John, il est fort probable que Papias l'aurait également connu. Bien que les points ci-dessus ne soient pas tous aussi certains (ou persuasifs), ils constituent collectivement un argument de poids. Un argument qui suggère que Papias a obtenu ses informations de l'apôtre Jean.


Quoi qu’il en soit nous pouvons constater que Papias a entendu la prédiction (directement ou indirectement) d’un disciple de Jésus nommé « Jean » (dont le plus probable est Jean Fils de Zébédée). Un autre élément doit être prit en compte à propos de l’origine des connaissances de Papias, Eusèbe nous rapporte que Papias avait côtoyé les filles de l’apôtre Philippe :

  • Il a déjà été rappelé, dans ce qui précède, que l'apôtre Philippe avait séjourné à Hierapolis avec ses filles . Nous devons maintenant indiquer comment Papias, qui vivait en ces temps, rapporte avoir appris une histoire merveilleuse des filles de Philippe. Il raconte la résurrection d'un mort arrivée de son temps; et encore un autre fait extraordinaire concernant Justus, surnommé Barsabas, qui aurait bu un poison mortel et n'aurait éprouvé aucun désagrément par la grâce du Seigneur. [25]


Il s’agit ici de Philippe l’évangéliste [26] qui est mentionné en en Actes 6.5-6 :

  • Ce discours plut à toute l'assemblée, et ils choisirent Etienne, homme plein de foi et d'Esprit-Saint, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménias et Nicolas, prosélyte d'Antioche,  qu'ils présentèrent aux apôtres ; et (ceux-ci), après avoir prié, leur imposèrent les mains.


Irénée rapporte qu’il a lui aussi a connu Polycarpe qui lui était disciple de l’apôtre Jean :

  • Mais on peut nommer également Polycarpe. Non seulement il fut disciple des apôtres et vécut avec beaucoup de gens qui avaient vu le Seigneur, mais c'est encore par des apôtres qu'il fut établi, pour l'Asie, comme évêque dans l'Eglise de Smyrne. Nous-même l'avons vu dans notre prime jeunesse - car il vécut longtemps et c'est dans une vieillesse avancée que, après avoir rendu un glorieux et très éclatant témoignage. [27]


À ce propos Craig A.Evans nous dit que « Nous avons une chaîne de transmission ininterrompue depuis l'époque de Jésus lui-même jusqu'au premier siècle, puis aux deuxième et troisième siècles et au-delà. » [28]



Un argument est souvent évoqué pour nier la fiabilité de Papias et d’irénée quant à leur témoignage, Irénée reprenant les propos de Papias nous dit que Matthieu a publié son évangile en hébreu hors tout le monde sait que l’évangile de Matthieu que l’on a actuellement a été écrit en grec donc on ne peut pas faire confiance à ce que rapporte Papias et Irénée. [29]

Sur ce passage les spécialistes sont divisés au niveau de son interprétation, Donald A.Carson et D J.Moo soutiennent que Papias s'est trompé mais pourtant ils ne rejettent pas la conclusion de Papias sur l'auteur du premier évangile :

  • On connait des auteurs qui se sont trompés sur un point sans se tromper sur tous les points ! De plus, des raisons plausibles ont été avancées pour expliquer l'erreur de Papias à propos de la question des origines sémitiques. L'erreur pourrait provenir d'une supposition erronée, bien qu'intelligente. Les Pères de l'Église supposaient que Matthieu avait été le premier évangile à être rédigé. Puisque Jésus et ses apôtres avaient vécu et exercé leur ministère parmi les Hébreux, on pourrait bien en avoir logiquement déduit que le premier évangile écrit l'avait été "en langue araméenne" à plus forte raison si Papias, qui vivait dans le monde hellénistique, ne savait pas très bien à quel point on parlait le grec dans la Palestine du 1er siècle, et en particulier en Galilée. [30]


Craig S.Keener nous dit aussi que Papias a pu se tromper sur ce point sans que cela prouve qu’il se trompe sur les autres points : 

  • "Si Papias a tort que Matthieu ait écrit en hébreu ou en araméen (la façon la plus naturelle de prendre ses mots ; et a tort que Matthieu ait écrit avant Marc, il peut également se tromper que Matthieu ait écrit l'Évangile de Matthieu qui existe encore (bien qu'il puisse se tromper sur l'un et avoir raison sur l’autre). »

Et Keener nous dit plus loin : 

  • Contrairement à mon opinion précédente, et suite à la réévaluation des premiers documents patristiques qui dépendent le plus du christianisme apostolique, je suis actuellement enclin à donner plus de poids à la voix de la tradition chrétienne primitive qu'auparavant. La rupture entre le premier et le deuxième siècle, ou entre "apostolique" et "subapostolique", n'était pas complète ; la tradition orale, dans certains milieux encore fréquemment fiable, est resté important à la fin du premier (Jn 21:25) et au deuxième siècle. La confusion pourrait régner sur un certain nombre de questions dans la tradition, mais la paternité des œuvres serait le dernier point négligé. En outre, il est peu probable que cet Évangile ait circulé à l'origine sans que son auteur soit connu oralement ; en tant qu'œuvre anonyme, il n'aurait pas été rapidement accepté par un grand nombre de personnes et les auteurs de biographies de cette longueur étaient normalement nommés (bien que la persécution aurait pu exiger un cas particulier d'anonymat dans ce cas). L'Église du début du deuxième siècle a cité les "Évangiles" aux côtés des Écritures juives traditionnelles et Matthieu était le plus populaire des Évangiles en circulation à cette époque. Je suis donc actuellement enclin à accepter la possibilité de la paternité de Matthieu à un certain niveau, bien qu'avec une incertitude avouée. Le scénario le plus probable qui intègre la meilleure des preuves actuellement disponibles est peut-être la présence d'au moins un dépôt significatif de la tradition matthéenne dans cet évangile, édité par le genre de spécialistes de l'école matthéenne qui l'ont souvent suggéré (bien que je pense que le produit final est l'oeuvre d'un seul auteur, et non d'un « comité »).[31] 


D'autres explications sont aussi avancées, par exemple quand Papias dit " Matthieu réunit donc en langue hébraïque les logia" certains érudits nous disent que cette parole doit être comprise comme faisant référence au style de l'évangile et non à la langue d'écriture comme l'enseigne Reggie M.Kidd : 

  • Les premiers écrivains de l'Église et les érudits modernes pensaient que par "dialecte hébreu", Papias voulait dire la langue hébraïque ou araméenne. Mais le grec de Matthieu est l'un des plus doux du Nouveau Testament ; plus probablement, Papias voulait dire que l'"arrangement ordonné" de Matthieu était conforme au sens hébraïque du style. 3 Ainsi, par exemple, son arrangement des actes et des paroles de Jésus en cinq blocs qui rappellent la structure de la Torah  Et plus loin nous dit sur la structure de Matthieu : Matthieu est "l'architecte parmi les évangélistes", dit Herman Ridderbos. Avec un art consommé, Matthieu alterne les paroles et les actes de Jésus. En fait, il encadre l'ensemble de son portrait du Christ autour de cinq séries de récits, chacun culminant dans l'un des cinq grands discours respectifs. Il termine chaque partie narrative et discursive par la formule identique, bien conservée dans l'ASV : "Et il advint, quand Jésus eut fini...". (7:28 ; 11:1 ; 13:53 ; 19:1 ; 26:1).  I. Généalogie, récits de naissance et d'enfance (1:1-2:23) II. Série 1 : Du couronnement au discours d'ouverture (3:1-7:29) A. Narration (3:1-4:25) B. Discours : Béatitudes et Sermon sur la montagne (5:1-7:27) C. Pont : "Quand Jésus eut achevé ces paroles" (7:28-29)  III. Série 2 : Appel à la formation de disciples et à la mission (8:1-11:1) A.Narration (8:1-10:4) B. Discours : Mission des disciples (10:5-42) C. Pont : "Quand Jésus eut fini de commander" (11:1)  IV. Série 3 : La Sagesse du Royaume des Cieux (11:2-13:53) A. Récit (11:2-12:50) B. Discours : Paraboles du Royaume (13:1-52) C. Pont : " Quand Jésus eut achevé ces paraboles " (13:53)  V. Série 4 : La forme de l'Église (13:54-19:2) A. Récit (13:54-17:27) B. Discours : Vivre dans le Royaume/Église (18:1-35) C. Pont : "Quand Jésus eut achevé ces paroles" (19:1-2)  VI. Série 5 : Préparation au jugement (19:3-26:1) A.Narration (19:3-22:46) B. Discours : Les malheurs et les périls et le jugement à venir (23:1-25:46) C. Le pont : "Quand Jésus eut achevé toutes ces paroles" (26:1) VII. Crucifixion, résurrection et commission (26:2-28:20)  La naissance et la mort-résurrection entre eux, forment un chiasme.[32] 

Craig A.Evans voit lui aussi cette théorie comme possible en plus d'une autre : 

  • En outre, Papias dit que Matthieu a ordonné les oracles (ou les paroles) de Jésus "en langue hébraïque" ou, en grec, Hebraidi dialekto. Le mot grec dialektos peut signifier et signifie souvent "langue" ou "dialecte", comme l'a probablement compris Eusèbe, qui cite ce passage (voir Hist. Eccl. 5.8.2, où il cite le père Irénée de l'église de la fin du deuxième siècle : "Matthieu a publié parmi les Hébreux un Évangile écrit également dans leur propre langue [dialecte]"). Mais le mot signifie aussi "discussion", "débat", "argumentation" ou "façon de parler" (voir LSJ, ainsi que le verbe grec apparenté dialegomai, qui signifie "converser avec" ou "argumenter avec"). En d'autres termes, Papias pourrait dire que Matthieu a ordonné les paroles de Jésus d'une manière hébraïque (ou juive) de présenter des documents ou de faire un argument. Cette compréhension correspond bien à ce que nous voyons dans l'Évangile de Matthieu. Bien sûr, la possibilité que l'évangéliste ait écrit une version hébraïque ou araméenne de son Évangile ne peut être exclue (après tout, Josèphe a écrit une version araméenne des Guerres Juives ainsi que la version grecque qui existe encore aujourd'hui), mais l'Évangile de Matthieu que nous avons aujourd'hui est en grec (et non une traduction grecque d'un texte hébreu ou araméen).[33] 

Daniel B.Wallace ne trouve pas la théorie sur le "style hébraïque convaincante" tout comme Richard Bauckham et David F.Farnell qui vont plutôt opter pour une version araméenne de base qui a fini soit traduite par des disciples de Matthieu avec des remaniements (Richard Bauckham) ou soit incorporé dans l'évangile grec de Matthieu par Matthieu lui meme (D F.Farnell). Le fait que Flavius Josèphe avait écrit une de ses oeuvres en araméen/hébreux puis la traduite en grec pour la faire connaitre peut être un bon exemple de comparaison. 

Daniel B.Wallace : 

  • Bien qu'il soit tout à fait impossible de décider de façon concluante ce que Papias voulait dire puisque nous sommes entièrement dépendants d'Eusèbe pour tous les extraits de cet écrivain du début du deuxième siècle, certaines considérations générales s'imposent: (1) Papias ne faisait probablement pas référence à l'Évangile, puisque nous avons aucune trace en hébreu ou en araméen jusqu'aux âges médiévaux (qui sont tous clairement des traductions du grec, du moins en ce qui concerne la plupart des savants). Ce point de vue est donc naufragé sur les premières preuves textuelles. De plus, Matthieu ne montre pas de preuves solides de traduction en grec.  (2) Certains ont donc suggéré (comme moyen de sauver le premier point de vue) que Papias se référait à la méthode littéraire de Matthieu, plutôt qu'à la linguistique, mais ce n'est en aucun cas une interprétation naturelle de διαλέκτος. (3) Bien que Papias ait pu se tromper - et qu'il était un homme d'une maigre intelligence (selon Eusèbe)! - il est suffisamment tôt et bien connecté avec le christianisme apostolique pour qu'on lui accorde le bénéfice du doute.  (4) La meilleure option, à notre avis, est que Papias faisait référence à une source de proverbes que Matthew a écrite. Si c'est le cas, alors Matthieu a probablement incorporé cette source dans son évangile, après l'avoir réarrangé.5Comme nous l'avons suggéré dans notre section sur le problème synoptique, cette source de dictons pourrait bien avoir constitué une partie de Q.6Quoi qu'il en soit, la grande probabilité est que Papias se réfère à l'apôtre Matthieu comme un auteur de matériel sur la vie de Jésus. Qu'il s'agisse de proto-Matthieu, Q ou Matthieu, la paternité matthéenne du premier évangile est directement ou indirectement soutenue par la déclaration.[34]

Richard Bauckham : 

  • Un "concept de traduction flexible" était courant dans l'Antiquité. Les traducteurs se sentaient souvent libres d'améliorer le travail qu'ils traduisaient en réorganisant le matériel et en ajoutant du matériel provenant d'autres sources. Nous avons déjà remarqué l'affirmation de Josèphe selon laquelle ses Antiquités des Juifs étaient une traduction ni plus ni moins des Écritures hébraïques  ( Ant. 1.5, 17 ; 4.196 ; 10.218). 72 En fait, bien sûr, Josèphe réécrit, réorganise et ajoute des omissions et des ajouts très importants aux récits bibliques. Papias aurait pu facilement imaginer que les traducteurs de Matthieu procèdent de la même manière et obscurcissent ainsi "l'ordre" que Matthieu avait donné à l'origine à son travail.[35] 


David F.Farnell : 

  • En outre, toutes les références à l'Évangile de Matthieu dans les écrits des premiers pères de l'Église reflètent le Matthieu grec plutôt que l'hébreu.  Ils n'ont jamais considéré l'Évangile grec de Matthieu comme inférieur mais comme égal ou meilleur que les autres évangiles canoniques grecs en termes d'autorité et d'influence. La paternité de Matthieu dans les versions grecque et araméenne est renforcée par le fait qu'il est peu probable qu'un tel transfert se produise entre des documents qui diffèrent de manière significative en termes de langue et de contenu, à moins que Matthieu lui-même n'ait produit les deux versions.  Les traditions de la paternité de Matthieu pour les deux versions sont si précoces et cohérentes que la paternité de Matthieu lui-même constitue l'explication la plus raisonnable pour les deux courants de la tradition. Cinquièmement, l'attribution universelle du grec Matthieu à l'apôtre Matthieu et le fait que la tradition ne mentionne aucun autre auteur possible que Matthieu rendent peu convaincante toute suggestion selon laquelle l'église primitive aurait oublié le véritable auteur de l'œuvre.  Seule une brève période de 50 à 60 ans s'est écoulée entre sa composition et les déclarations de Papias.  Un apôtre moins éminent comme Matthieu n'aurait pas été un candidat probable pour recevoir le crédit d'un document aussi important et influent que le Matthieu grec, à moins qu'il ne l'ait effectivement écrit.  Comme indiqué précédemment dans ce chapitre, "de tous les écrits du Nouveau Testament, l'Évangile de Matthieu est celui dont l'influence littéraire a été la plus étendue et la plus profonde dans la littérature chrétienne qui s'est étendue jusqu'aux dernières décennies du deuxième siècle. . . .  [L]e premier évangile est resté l'évangile par excellence. . . .  L'évangile était donc le fait normatif de la vie chrétienne.  La seule explication adéquate de l'influence et de l'immense popularité de l'évangile dans l'Église primitive est sa paternité apostolique.  Le fait que l'un des Douze l'ait écrit peu après avoir rédigé son Araméen ta logia et avant que Marc et Luc n'écrivent leurs évangiles est de loin l'explication la plus satisfaisante des faits qui subsistent de l'histoire de l'église primitive. À la lumière des preuves, à moins que quelqu'un ne se sente obligé d'adopter l'hypothèse a priori de la priorité de Marc dans les études critiques de l'histoire, le témoignage de Papias est crédible et soutient la priorité de Matthieu et la paternité de l'évangile qui porte le nom de Matthieu. [36] 


Paul Rhodes Eddy et Gregory A.Boyd vont quant à eux voir le rejet général de Papias comme injustifié : 

  • Selon nous, le rejet généralisé de ce rapport de Papias dans les cercles critiques du Nouveau Testament est largement injustifié.[37] 

Aux vues des différentes hypothèses présentées nous pouvons conclure que l’on a pas de raison valable de rejeter le témoignage de Papias.

Toutes les preuves externes du deuxième et troisième siècle avec les Père de l'église et les manuscrits dont nous disposons vont de le mêmes sens, les quatre évangiles ont été écrits par :

  1. Matthieu disciple de Jésus

  2. Marc disciple de Pierre

  3. Luc disciple de Paul 

  4. Jean disciple de Jésus

Comme le note Brant Pitre les sources patristiques nous offre un témoignage géographique de divers régions « Notez également que les preuves proviennent de tout l'Empire romain : Asie mineure (Turquie actuelle), Italie, France, Afrique du Nord et Égypte. Lorsque des témoins antiques de régions aussi diverses géographiquement s'accordent, leur témoignage doit être pris très au sérieux. » [38] 

En partant du principe que les manuscrits des évangiles ont circulé anonymement, comment expliquer une telle uniformité si la tradition n’était pas fiable ? Prenons l’exemple de l’épitre aux Hébreux, cette épitre a été écrite par un auteur inconnu et cela c’est reflété dans la tradition patristique et dans les manuscrits. Le papyrus 64, le codex Vaticanus et le codex Sinaiticus disent simplement « épitres aux Hébreux », le codex Alexandrinus dit que l’épitre a été écrite à Rome, le codex Porphyrianus dit l’épitre a été écrite en Italie, le minuscule 1739 dit que l’épitre a été écrite en Italie par Timothée, le minuscule 81 dit que l’épitre a été écrite par Paul et le minuscule 104 nous dit que l’épitre a été écrite anonymement par Timothée. [39] Clément d’Alexandrie disait que Paul avait écrit l’épitre aux hébreux, et Tertullien avait avancé le nom de Barnabas. [40] 


Comme on le voit, le fait que l’épitre aux hébreux ait circulé anonymement a eu des répercutions dans les manuscrits et chez les Pères de l’église, mais comment expliquer que ce phénomène n’existe pas pour les quatre évangiles ? Pour validé la théorie des évangiles anonymes il aurait fallu qu’à partir du deuxième siècle des scribes anonymes du monde entier se concertent et mettent sur des manuscrits anonymes qui avaient circulé dans tout l’empire romain (en Galilée, à Jérusalem, en Syrie, en Afrique, en Égypte, à Rome, en France) les titres de Matthieu, Marc, Luc et Jean à tel point qu’aujourd’hui il n’existe pas un seul manuscrit anonyme, ni même un seul manuscrit qui porte un autre nom que ceux auxquels ils sont attribués de nos jours, une telle chose serait serait un miracle pour un seul évangile, mais pour quatre c’est encore plus inimaginables. 




Brant Pitre : 

  • Pensez-y une minute. Selon la théorie des Évangiles anonymes, l'Évangile de Matthieu était "à l'origine" l'Évangile selon personne. Ce livre anonyme a été copié à la main, et recopié, et recopié, et a circulé dans tout l'Empire romain pendant des décennies. De même, l'Évangile de Marc, qui était aussi "à l'origine" l'Évangile selon personne, a été copié et recopié et a circulé et recopié pendant des décennies. Et ainsi de suite pour le troisième Évangile anonyme, puis le quatrième Évangile anonyme. Puis, au début du deuxième siècle de notre ère, les mêmes titres ont été ajoutés à ces quatre livres anonymes très différents, et non à un, deux ou trois, mais à tous. De plus, cette attribution de la paternité des évangiles aurait eu lieu alors qu'au deuxième siècle, les quatre évangiles avaient déjà été diffusés dans tout l'empire romain : en Galilée, à Jérusalem, en Syrie, en Afrique, en Égypte, à Rome, en France, etc. Ce scénario est tout à fait incroyable. Même si un seul Évangile anonyme avait pu être écrit et diffusé, puis miraculeusement attribué à la même personne par des chrétiens vivant à Rome, en Afrique, en Italie et en Syrie, suis-je vraiment censé croire que la même chose s'est produite non pas une fois, ni deux fois, mais avec quatre livres différents, encore et encore, dans le monde entier ? Comment ces scribes inconnus qui ont ajouté les titres ont-ils su à qui attribuer les livres ? Comment ont-ils communiqué entre eux pour que tous les exemplaires se retrouvent avec les mêmes titres ? [41] 

Conclusion

La position qui consiste a soutenir l’attribution des quatre évangiles à Matthieu, Marc, Luc et Jean ne manque pas de preuve, elle a avec elle tous les manuscrits anciens et le témoignages unanime de l’église du deuxième et troisième siècle, il reste maintenant à savoir si les preuves internes contredisent les preuves externes c’est ce que nous verrons dans la deuxième partie.


2. Les preuves internes

Maintenant que nous avons que les preuves externes vont dans le même sens nous devons nous pencher sur le témoignage interne des évangiles et plus largement des autres écrits né-néotestamentaire pour voir si ils vont rentrer en contradiction avec les preuves externes.

A. Matthieu


L’évangile de Matthieu possède plusieurs indices sur l’origine juive de son auteur.

L’évangile de Matthieu et celui qui cite le plus de prophétie de l’ancien testament avec une formule d’accomplissement ( 1.22-23; 2.15; 2.17; 2.23; 4.15-16; 8.17; 12.17-18; 13.35; 21.4-5; 27.9; ) à ce propos D A.Cason et D J.Moo disent que « ces citations correspondent toutes à des apartés de l’évangéliste, fruit de sa propre réflexions »[42], les citations montrent que l’auteur éprouve un grand intérêt à prouver que Jésus est le Messie annoncé dans les écritures, comme le souligne Curtis Mitch et Edward Sri « la recherche a révélé près de deux cents citations, allusions et parallèles verbaux aux écritures juives incorporées dans le texte du premier évangile ! Ce niveau de connaissance spécialisée des textes sacrés du judaïsme était extraordinairement rare parmi les gentils du monde antique? L’auteur connaissait une variété de coutumes et d’institutions religieuse qui ne constitueraient guère une connaissance commune au-delà de la sphère du judaïsme. Sur la base de ces observations, la conclusion semble solide que l’évangile de Matthieu vient de la main d’un auteur chrétien juif ».  [43]

Un autre point doit être souligné, les prophéties citées par Matthieu avec formule d’accomplissement ne sont pas directement citées d’après la septante mais sont influencées par le grec, l’hébreu et les targums, l’auteur connaissait donc plusieurs langues.[44]


Matthieu et le seul à mentionner les trois jours et trois nuits à propos du signe de Jonas, il est aussi le seul à mentionner la parole de Jésus « là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux (18.20) », cette dernière parole est très intéressante puisqu’il est fort possible qu’elle reflète une tradition juive qui a fini par être incorporé dans la Michna et le Talmud :

  • «Mais deux qui assis ensemble et ils échangent des paroles de Torah, le reflet de la Majesté divine est entre eux, comme il est dit (Malakhi 3,16) : « Alors deux qui craignent Dieu se parlent, et l’Eternel l’entend et l’apprend, et cela sera écrit dans le livre du souvenir devant Lui pour ceux qui Le craignent et vénèrent Son nom » [45]

Cette tradition fait référence à la « Shekhina (présence de Dieu) », il est possible que Matthieu ait reprit cette tradition pour l’appliquer à Jésus, à l’inverse que les disciples ne se rassemble plus autour de la Torah mais au nom de Jésus qui devient la nouvelle présence divine au milieu d’eux [46]. Ces éléments appuie l’origine juive de l’auteur du premier évangile et confirme la tradition apostolique qui fait de Matthieu (un juif) l’auteur du premier évangile.

Passons maintenant aux références à Matthieu dans les écrits néotestamentaires, en réalité nous avons très peu d’information sur Matthieu, la principale information nous provient de 

Matthieu 9.9 qui est le seul des trois synoptique à mentionner « Matthieu » alors que Marc et Luc mentionne juste le nom de « Lévi » :

  • Marc 2.14 Et de là, en passant, Jésus vit un homme, nommé Matthieu, assis au bureau du fisc, et il lui dit : "suis-moi." Il se leva et le suivit. 

En partie sur la base de ce verset plusieurs arguments sont généralement revendiqués pour nier l’apostolicité :

  1. Matthieu n’aurait jamais parlé de lui à la troisième personne

  2. La mention du nom de Matthieu a été inventé 

  3. Si le premier évangile avait été composé par un témoin oculaire il n’aurait jamais reprit l’évangile de Marc pour composé le sien

  4. Le grec du premier évangile est trop lisse pour avoir été écrit par Matthieu


1

Ahmed Deedat a popularisé cet argument pour nier l’apostolicité de l’évangile, si Matthieu était l’auteur de l’évangile il n’aurait pas parlé de lui à la troisième personne mais à la première [47].  

Mais cet argument se heurte à plusieurs problèmes, comme l’ont soulignés D A. Carson et D J.Moo « sur la base de l’hypothèse d’une origine apostolique de l’évangile, cela l’interprète le plus naturellement comme une expression de modestie » [48] et D B.Wallace « Il se peut que l'auteur fasse preuve d'humilité dans cette référence ». [49]

D’ailleurs l’argument de la mention à la troisième personne ne prend pas en compte qu’à plusieurs reprises dans le même évangile on constate un interlocuteur (Jésus) parlant de lui même à la troisième personne :

  • Matthieu 8:20 Jésus lui dit : " Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel des abris, mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer la tête."

  • Matthieu 12:8 En effet le Fils de l'homme est maître du sabbat. »

  • Matthieu 19:28 Jésus leur dit : "Je vous le dis en vérité, lorsque, au renouvellement, le Fils de l'homme siégera sur son trône de gloire, vous qui m'avez suivi, vous siégerez vous aussi sur douze trônes, et vous jugerez les douze tribus d’Israël.

  • Matthieu 26:64 Jésus lui dit : "tu l'as dit. Du reste, je vous le dis, à partir de maintenant vous verrez le Fils de l'hommeassis à la droite de la Puissante et venant sur les nuées du ciel."

  • Etc etc…

La suite du verset 9 du chapitre 9 nous dit qu’après l’appel de Jésus, Matthieu se leva et suivit Jésus, l’évangile de Luc est plus élogieux et dit que Matthieu à « tout quitté et s’est levé (Luc 5.28) », si le premier évangile avait été écrit par des disciples de Matthieu ou une communauté Matthéenne ils auraient été beaucoup plus élogieux comme le fait le troisième évangile comme le souligne D B.Wallace :

  • Il est significatif qu'il se déprécie davantage que le récit de Luc, qui dit que Matthieu a "tout quitté" et a suivi Jésus ", alors que Matthieu dit simplement qu'il s'est levé et a suivi Jésus. Si le premier évangile n'était pas de Matthieu, on ne saurait expliquer pourquoi l'auteur semble déprécier Matthieu de manière aussi subtile. Un compilateur ultérieur qui connaissait et respectait Matthieu (probablement un de ses disciples), ou pire, une "école de Saint Matthieu", ne correspond tout simplement pas à la réalité [50]

2

Plus récemment Richard Bauckham a émis un argument contre la paternité de l’évangile, en se basant sur une étude onomastique Bauckham soutient qu’il est très peu probable qu’une même personne possède deux noms  « Matthieu et Lévi » qui était très répandu au premier siècle, il en conclut que l’auteur du premier évangile a délibérément mis le nom de Matthieu pour associé l’évangile à l’apôtre [51]. D A.Carson dans commentaire sur l’évangile de Matthieu a émis des doutes sur la validité de l’argument utilisé par Richard Bauckham : 

« Bauckham a soutenu (Jesus and the Eyewitnesses, 108-12) qu'il est peu probable qu'un homme ait eu deux noms juifs communs. Bauckham lui-même étudie les exceptions possibles, jugeant qu'elles ne sont pas convaincantes ou plutôt rares. Les cas les plus connus où un homme juif porte deux noms juifs (par exemple, 27:16-17 ; Ac 4:36 ; Josèphe, Ant. 12.285 ; 18.35, 95 ; 20.196), couramment cités par les commentateurs (par exemple, Gundry ; Davies et Allison ; Turner), Bauckham les écarte parce que dans chaque cas, le second nom est probablement soit un surnom (comme "Barnabas"), soit un nom de famille. Pourtant, quelle que soit l'improbabilité onomastique, l'identification de Lévi (l'évangile de Marc) avec Matthieu (ici) semble moins invraisemblable que l'explication de Bauckham » [52]

3

Comment expliquer qu’un apôtre qui a été témoin oculaire du ministère de Jésus ait eu besoin de reprendre le travail d’autrui ? Tout d’abord nous devons rappeler que bien qu’étant majoritaire chez les érudits la primauté de Marc n’est pas non plus unanimes comme le rappelle Brant Pitre il y a encore débat et des spécialistes récent ont soutenu la théorie « augustinienne (Matthieu écrit en premier, Marc reprend Matthieu et Luc reprend Matthieu et Marc) » ou encore la positon de « Griesbach (Matthieu écrit en premier, Luc reprend Matthieu et Marc reprend Matthieu et Luc) » [53]. En 2016 est sorti le livre « The Synoptic Problem, Four Views » dans lequel quatre érudits ont soutenus quatre hypothèses différentes

  1. Greg A.Evans a Soutenu la théorie des deux sources (Marc écrit en premier; Matthieu reprend Marc et Q; Luc reprend Marc et Q)

  2. Mark Goodacre a soutenu la théorie de Farrer (Marc écrit en premier, Matthieu reprend Marc et Luc reprend Marc et Matthieu.

  3. David Barrett Peabody a soutenu l’hypothèse des deux évangiles (similaire à la théorie de Griesbach)

  4. Rainer Reisner a soutenu l’hypothèse de l’oralité (les relatons entre les synoptiques s’expliquent par une utilisation des traditions orales communes).

Le débat n’est donc pas clos mais si la priorité de Marc est la bonne hypothèse, comment justifier l’utilisation de Marc par Matthieu ?

L’utilisation de Marc par Matthieu peut facilement s’expliquer partant du principe que Marc était disciple de Pierre, Matthieu se serait tout simplement référé à un récit qu’il considéré comme fiable, c’est ce que souligne D B.Wallace « si Matthieu pensait que le récit de Marc était fiable et généralement adapté à ses objectifs (et qu'il savait peut-être que Pierre se tenait derrière lui), il ne peut y avoir d'objection à l'opinion selon laquelle un apôtre dépendait. sur un document non apostolique ». [54]

L’histoire de Xénophon peut aussi accréditer ce genre de pratique, Xénophon qui était un historien grec a écrit sur Socrate dont il a été le disciple, et pourtant Xénophon n’a pas hésité à reprendre le travail d’Hermogène sur l’histoire de Socrate. Certains pourraient objecter qu’Hermogène était lui aussi un disciple de Socrate contrairement à Matthieu qui a reprit le travail d’un non disciple de Jésus, mais cette objection (comme la précédente) ne tient pas si l’on prend en compte que Marc était disciple de Pierre, Pierre contrairement à Matthieu a été disciple de Jésus des le début de son ministère, Pierre connaissait très certainement des détails que Matthieu ne connaissait pas, raison qui aurait pu le pousser à reprendre l’évangile de Marc.

Craig Keener :

  • La plupart des universitaires pensent également que notre Évangile de Matthieu actuel utilise Marc. Bien que cette observation puisse aller à l'encontre d'une adhésion directe de Matthieu, on pourrait soutenir qu'elle n'est pas déterminante en soi. Xénophon, par exemple, dépend d'une source écrite antérieure, même s'il rapporte des événements dont il a été témoin, probablement parce que cette source est devenue la norme. Quelles que soient ses conclusions, il semble préférable de parler de "Matthieu", faute d'une meilleure désignation. Il y avait probablement aussi une raison à la tradition de l'église. Certains chercheurs font remarquer que les collecteurs d'impôts (Mt 9:9) seraient parmi les Galiléens les plus aptes à pouvoir prendre des notes. [55]

Brant Pitre :

  • Si l'Evangile de Marc est basé sur le témoignage de Pierre, il n'y a rien d'invraisemblable à ce que Matthieu l'utilise comme source. Plus important encore, l'histoire nous donne d'autres exemples de témoins oculaires qui se sont appuyés sur le témoignage d'autres personnes pour composer les biographies de leurs propres enseignants. Par exemple, lors de la rédaction de son récit sur la mort de Socrate, l'écrivain grec ancien Xénophon (qui était un disciple de Socrate) a utilisé les "rapports" d'un autre disciple nommé Hermogène (voir Xénophon, Apologie, 1.2, 10). 12 La raison en était que Xénophon n'était pas présent au procès et à la mort de Socrate, alors qu'Hermogène l'était. 13 De même, il est tout à fait possible que l'apôtre Matthieu ait pu se fier à l'évangile de Marc pour le témoignage de Pierre, en particulier pour les événements auxquels Matthieu lui-même n'a pas assisté, comme les premiers jours du ministère de Jésus (voir Matthieu 3-8) ou les événements de la passion et de la mort de Jésus, auxquels Matthieu n'a pas assisté parce qu'il avait fui la scène (voir Matthieu 26-28). Ce n'est pas comme si tous les apôtres étaient témoins de tout ce qui s'est passé dans la vie de Jésus. En bref, la preuve du titre nous indique que l'Évangile a été composé par Matthieu le collecteur d'impôts, qui était peut-être l'un des rares disciples à savoir lire et écrire. [56]


4

Le fait que Matthieu soit un percepteur d’impôt nous amène à considérer que Matthieu était lettré et qu’il parlait probablement plusieurs langues comme le grec, l’hébreu et l’araméen ce qui réfute l’objection revendiqué par certains comme quoi Matthieu n’aurait pas pu écrire un si bon grec.

Paul Rhodes Eddy & Gregory A.Boyd :

  • Au minimum, Matthieu, le collecteur d'impôts, aurait dû avoir une "connaissance du métier" pour sa profession (Marc 2:14 ; Matt. 9:9 ; 10:3). Il est significatif que Papias, qui a sans doute reçu ses informations de l'apôtre Jean, mentionne que "Matthieu recueillait les oracles (ta logia) en langue hébraïque, et chacun les interprétait du mieux qu'il pouvait. "Compte tenu de l'alphabétisation présumée de Matthieu et de cette tradition ecclésiastique primitive, Robert Gundry suggère de manière tout à fait plausible que Matthieu était un preneur de notes pendant le ministère terrestre de Jésus" et que "ses notes ont fourni la base de l'essentiel de la tradition évangélique apostolique. [57]


Curtis Mitch & Edward Sri :

  • Étant un fonctionnaire fiscal en Galilée, il aurait été familier avec le grec ainsi qu’avec les langues sémitiques de la Palestine. [58]


D B.Wallace :

  • La haute qualité du grec n'est guère un argument contre la paternité de Matthieu, car Matthieu aurait dû connaître à la fois l'araméen et le grec pour percevoir les impôts des Juifs et travailler pour les Romains. De plus, il y a un consensus croissant sur le fait que la Galilée du premier siècle était complètement bilingue - à tel point que le grec était probablement la langue maternelle de la plupart des Juifs. [59]


Brant Pitre :

  •  Cependant, comme Bart Ehrman omet étrangement de le mentionner, au moins un des disciples de Jésus était presque certainement alphabétisé : Matthieu, le collecteur d'impôts !  En fait, Ehrman lui-même admet qu'être percepteur d'impôts dans le monde antique impliquait de savoir lire et écrire : Pendant la plus grande partie de l'Antiquité, comme la plupart des gens ne savaient pas écrire, il y avait des "lecteurs" et des "écrivains" locaux qui louaient leurs services à des personnes qui avaient besoin de faire des affaires nécessitant des textes écrits : reçus fiscaux, contrats juridiques, licences, lettres personnelles, etc.  Si cela est vrai, alors selon toute vraisemblance, un percepteur d'impôts en "Galilée des gentils" aurait été alphabétisé et aurait même probablement dû savoir écrire en grec, la langue principale du commerce à l'époque.  Et c'est précisément "Matthieu le percepteur" (Matthieu 10:3) qui se trouve à avoir un évangile qui lui est attribué. [60]

Une dernière preuve peut être ajouté au fait que l’auteur de l’évangile était Matthieu le percepteur d’impôt, c’est le premier évangile qui montre le plus grand niveau d’intérêt financier comme la montré Peter J.Williams, seul Matthieu mentionne :

  • Les Mages et leurs dons (2.11), 

  • La parabole du trésor caché (13.44)

  • La parabole de la perle (13.45-46)

  • Le scribe par rapport à quelqu’un faisant ressortir des anciens et nouveaux trésors (13.52)

  • Le récit de Pierre et les collectors d’impôts du temple (17.24-27)

  • La parabole du serviteur qui a été pardonné d’une énorme dette (18.23-35)

  • La parabole des vignobles mécontent de leur salaire (20.1-16)

  • La parabole des talents (25.14-30)

  • L’argent de la trahison de Judas (27.3) et ce qui a été acheté avec (27.7)

  • Le pot de vin donné par les principaux prêtres aux gardes à la tombe de Jésus (28.12) [61]

En conclusion les preuves internes bien que n’étant pas forcément décisives sembles aller dans le sens dans la tradition qui identifie le premier évangile à l’apôtre Matthieu.


D A.Carson :

  • Aucun des arguments en faveur de la paternité de Matthew n'est concluant. Nous ne pouvons donc pas être tout à fait certains de l'identité de l'auteur du premier évangile. Mais il y a de solides raisons de soutenir l'attribution unanime de ce livre à l'apôtre Matthieu par l'Église primitive, et à y regarder de plus près, les objections ne semblent pas substantielles. Bien que la paternité de Matthieu reste la position la plus défendable. [62]


Craig Blomberg :

  • En bref, il n'y a aucune raison impérieuse de renverser le témoignage unanime de l'Antiquité selon lequel Matthieu/Levi était l'auteur de l'Évangile qui lui est attribué. Même si Matthieu était un apôtre, il venait d'un milieu peu recommandable. Aucune œuvre apocryphe ne lui est attribuée comme elle l'est à des apôtres comme Pierre, Jacques, Jean, Thomas, André ou Barthélémy. Il semble peu probable qu'il soit un candidat, même parmi les apôtres, que les chrétiens ultérieurs auraient choisi pour tenter de donner à cet Evangile une plus grande autorité, s'il n'en était pas l'auteur. D'autre part, comme pour Marc, notre capacité à interpréter le contexte historique ou les détails exégétiques de l'Évangile ne dépend guère de cette décision. [63]


Graig A.Evans :

  • Il n'y a rien dans l'Évangile de Matthieu qui exclut l'apôtre Matthieu comme auteur, et rien dans la vie de l'église primitive qui l'a obligée à sélectionner l'apôtre Matthieu. [64]


D B.Wallace :

  • En somme, chaque élément de preuve n'a guère de poids en soi. Mais pris ensemble, il y a une impression cumulative faite sur le lecteur qu'un juif palestinien bilingue, connaissant bien l'argent, a écrit cet évangile. Des témoignages externes ont déjà suggéré Matthieu comme auteur; l'évidence interne ne fait rien pour ébranler cette impression. Il y a donc peu de raisons de douter de la paternité de Matthieu. [65]


Curtis Mitch & Edward Sri :

  • Il ne faut pas ignorer que l'on sait peu de choses sur l'apôtre Matthieu, ou que le profil que nous venons d'examiner est trop général et non spécifique pour faire de lui le choix évident. Mais à la lecture des preuves, l'apôtre Matthieu est aussi apte que n'importe quel candidat potentiel à la paternité de l’Évangile. [66]



B. Marc & Luc


Comme le souligne D A.Carson et D J.Moo « L’affirmation ancienne et incontestée selon laquelle Marc écrivit le deuxième évangile en s’appuyant sur l’enseignement de Pierre ne peut être renversée que par des indications claires du contraire, tirées de l’évangile lui même. » [67] 

Que savons nous sur St Marc ? Le plus probable est que le « Marc » dont nous parle la tradition n’est autre que le Jean Marc mentionné en Actes 12.2, 25; 13.5, 13; 15.37 et dans quatre épitres du Nouveau Testament, Colossiens 4.10; Philémon 24; 2 Timothée 4.11; 1 Pierre 5.13. Aucun autre que Marc n’aurait été suffisamment connu pour qu’on puisse le nommer sans autre précision. [68]

En Actes 12.12 on apprend que St Pierre s’est rendu dans la maison de la mère de Marc où était présent des membres de l’église qui priaient, se qui nous montre que Marc a eu des contact avec St Pierre au plus tard au milieu des années 40. En Colossiens 4.10 Marc est désigné comme le cousin de Barnabas qui a accompagné St Paul et Barnabas jusqu’en Pamphylie, et en Asie mineur lors de son premier voyage d’après Actes 13.5,15. Marc a aussi un désaccord avec St Paul en Actes 15.36-46 mais sont tous les deux décrit comme ayant une relation cordiale en Philémon 24 et Colossiens 4.10. 

La mention en 1 Pierre 5.13 est très intéressante puisque St Marc et appelé par l’apôtre « mon fils », cette mention nous montre un certain lien entre St Pierre et St Marc et corrobore la tradition qui fait de St Marc l’interprète de Pierre. Au finale on ne sait que peu de choses d’après les sources internes mais ce que l’on sait ne contredit en aucun la tradition au sujet de St Marc.

Des grands érudits ne soutiennent pas la thèse dite « moderne » des évangiles anonyme comme par exemples Daniel Wallace qui conclut au sujet du deuxième évangile qu’ « il n'y a aucune raison de douter que Jean Marc, compagnon de Pierre et de Paul, ait écrit l'évangile qui porte le nom de Marc. » [69] et Benjamin Gladd « Bien que de nombreux érudits modernes doutent que Marc ait écrit le deuxième évangile, il n’y a tout simplement pas assez de preuves pour renverser les quelques indices internes dans l’évangile de Marc et le témoignage de l’église primitive » [70].


Nous retrouvons aussi plusieurs mentions de Luc dans le Nouveau Testament, en Philémon 24 Luc est décrit comme compagnon de Paul, en Colossiens 4.10-14 Luc est mentionné comme étant médecin et est mentionné en dehors des circoncis ce qui laisse possiblement entendre qu’il n’était pas juif et en 2 Philémon il est mentionné au coté de Paul. 

Ces trois mentions montre que Luc connaissait Marc compagnons de Pierre par le biais de Paul et certainement d’autres disciples importants.

En plus de ces trois mentions nous devons particulièrement nous intéresser à son prologue dans lequel Luc explique le but de son évangile :

  • Luc 1.1 Comme plusieurs ont entrepris de composer une relation des choses accomplies parmi nous, 2 conformément à ce que nous ont transmis ceux qui ont été dès le commencement témoins oculaires et ministres de la parole, 3 il m'a paru bon à moi aussi, qui de longue date ai tout suivi avec soin, d'en écrire pour toi le récit suivi, noble Théophile, 4 afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus. 

De ce passage nous pouvons tirer plusieurs informations importantes, Luc n’était pas un témoin oculaire mais il a recueilli des informations provenant de témoin oculaire, il n’est pas le premier a avoir écrit et a fait un travail de recherche tel un historien.

Bruno Bioul citant Willem Van Unnik nous donne la liste des dix règles régissant le code de l’historien gréco-romain :

  1. Choix d’un sujet noble

  2. Utilité du sujet pour les destinataires 

  3. Indépendance d’esprit et absence de partialité de l’auteur 

  4. Bonne construction du récit, 

  5. Collection adéquate du matériel préparatoire

  6. Sélection et variété dans le traitement des informations

  7. Correcte disposition et ordonnancement du récit

  8. Vivacité dans la narration

  9. Modération dans les détails topographiques

  10. Composition de discours adéquats à l’orateur et à la situation rhétorique. [71]

Bruno Bioul nous dit que sur les dix critères Luc en répond à huit, à savoir le 2,4,5,6,7,8,9 et 10, le critère 1 et 2 ne sont pas remplit par Luc par qu’il adopte la position de l’historiographie juive et Bioul en conclut « (qu)’on peut et on doit aussi reconnaître qu’il (Luc) n’est pas un genre isolé ou unique, et qu’il peut être plus que cela puisqu’il s’inscrit dans une lignée d’oeuvres classiques qui relèvent de l’historiographie à la fois gréco-romaine et juive ». [72]

Une autre oeuvre peut être comparé avec le prologue de Luc, « De materai medica » de l’auteur grec Dioscoride qui comporte dans son prologue de nombreux parallèles :

  • « Beaucoup ayant écrit sur la préparation des médicaments, j’essaierai, très cher Arcion, de te montrer que ce n’est pas un dessein vain et téméraire de ma part d’aborder aussi ce sujet… Car, connaissant avec la plus grande exactitude les faits en partie pour les avoir vus moi-même, en partie pour les avoir appris de témoignages concordants, et après enquête auprès des gens du pays, j’entreprendrai de les exposer dans un ordre différent »

Tout comme Dioscoride, Luc a conscience d’avoir des prédécesseurs, de relater des événement réel, de faire une recherche d’information auprès de plusieurs témoins et l’exposition de son enquête.

Luc a donc effectué un travail d’historien pour composer son évangile, il est par exemple le seul des quatre évangélistes à mentionner le nom Lysanias (3.1) dont on ne possède aujourd’hui que très peu d’information [73], il est aussi le seul à mentionner à Jericho la présence d’un sycomore, comme le souligne Peter J.Williams « l'espèce concernée, ficus sycomorus, ne poussait pas dans les pays du nord de la Méditerranée (Italie, Grèce, Turquie), et manque en fait de pollinisateurs naturels dans ces pays. Mais cet arbre était caractéristique de Jéricho »[74].

Aujourd’hui les érudits disent que l’évangile de Luc a peut être été composé à Rome ou en Grèce [75], comment un auteur écrivant au premier siècle depuis la Grèce ou Rome aurait-il pu être aussi précis si il n’avait pas obtenu ses informations de source fiable ?


Un dernier argument à propos du deuxième et troisième évangile mérite lui aussi toute notre intention, si ces deux évangiles étaient anonymes et que personnes n’avaient la moindre idée de l’identité des auteurs pourquoi avoir choisit Marc l’interprète de Pierre pour le deuxième évangile et non Pierre directement ? Et pourquoi avoir choisit Luc pour le troisième et non un des douze apôtres ?

Attribuer le deuxième à Pierre aurait eu beaucoup plus de poids que de l’attribuer à Marc qui n’était pas un témoin oculaire du Christ surtout que cette pratique était courante comme on le constate avec les évangiles apocryphes qui ont été attribués à des témoins oculaires de Jésus (évangile de Pierre, évangile de Thomas, évangile de Judas etc). 

Si les titres des évangiles ont été inventés, les scribes auraient choisit un nom beaucoup plus connu pour le deuxième évangile, c’est ce que plusieurs spécialistes comme Gregory A.Boyd & Paul Rhodes Eddy, de meme pour le troisième évangile comme Brant Pitre, Darrel Bock et Michael J.Kruger le soulignent.


Paul Rhodes Eddy & Gregory A.Boyd 

  • Une fois que la remarque de Papias est prise au sérieux, nous soutenons qu'elle fournit des raisons assez convaincantes pour accepter Jean Marc comme étant en fait l'auteur de l'Évangile qui lui est attribué, ce qui, à son tour, lie son Évangile au témoignage de Pierre. De plus, il est difficile d'expliquer comment le second évangile, s'il avait circulé anonymement à l'origine, aurait acquis l'attribution d'autorité qu'il a obtenue, puisque (Jean) Marc n'aurait guère été une figure de choix si quelqu'un avait fabriqué de toutes pièces un auteur faisant autorité. Même Werner Kümmel - qui rejette finalement l'attribution traditionnelle (en grande partie en raison de ce que nous considérons comme une incompréhension de la nature de la tradition orale de Jésus derrière Marc) - accorde la force de cet argument.94 Mais ce n'est pas tout. Non seulement Jean Marc est un obscur non-apôtre qui, en lui-même, n'a fourni aucun témoignage oculaire - pire encore, il était connu dans la tradition comme un déserteur de Paul (Actes 13:13 ; 15:36-39). De plus, selon le prologue anti-marcionite du deuxième siècle, Marc a été décrit comme un "doigt de souche" - parce que ses doigts semblaient trop courts pour son corps. Et pourtant, bien que l'on puisse penser dans cette culture que Marc serait moins que physiquement apte à la tâche d'auteur d'évangiles, la tradition ne s'y oppose jamais. Étant donné les très bonnes raisons que l'Église primitive aurait eues de ne pas identifier un Évangile avec quelqu'un comme Jean Marc, on peut se demander ce qui les aurait poussés à le faire si l'attribution n'avait pas été là dès le début. Jean Marc n'est pas "Matthieu", ni "Jean", ni même un "Luc" - c'est-à-dire un associé respectable, bien que largement inconnu, de Paul. Il est plutôt, comme Luc, un associé largement inconnu, mais contrairement à Luc, une grande partie de ce qui est connu n'est pas respectable.  En fait, on peut affirmer que l'explication la plus plausible de l'attribution de cet évangile à Marc est que quelque chose comme le lien entre Pierre, Jean Marc et le deuxième évangile était à la fois enraciné dans l'histoire et connu comme un fait dans l'église primitive.95 En fin de compte, le cas de Jean Marc en tant qu'auteur du deuxième évangile n'est peut-être pas simplement un compte "plausible" parmi d'autres. En fin de compte, le cas de Jean Marc en tant qu'auteur du deuxième évangile n'est peut-être pas seulement un récit "plausible" parmi d'autres. Il est peut- être le seul récit vraiment plausible qui permette d'expliquer les données plutôt curieuses de la tradition elle-même. [76] 


Brant Pitre : 

  • Le troisième problème majeur de la théorie des Evangiles anonymes est lié à l'affirmation selon laquelle les fausses attributions ont été ajoutées un siècle plus tard pour donner aux Evangiles "une autorité bien nécessaire". Si cela était vrai, alors pourquoi deux des quatre Évangiles sont- ils attribués à des non-témoins ? Pourquoi, parmi tous les peuples, les anciens scribes choisiraient-ils Marc et Luc, qui n'ont même jamais connu Jésus ? Une fois de plus, mettez-vous à la place des anciens scribes qui auraient sciemment ajouté les faux titres aux Évangiles. Si vous vouliez donner une autorité à votre livre anonyme, choisiriez-vous Luc, qui n'était ni un témoin oculaire lui-même ni le disciple d'un témoin oculaire, mais un compagnon de Paul, qui n'a jamais rencontré Jésus durant sa vie terrestre ? Et si vous vouliez donner une autorité à votre vie anonyme de Jésus, choisiriez-vous Marc, qui n'était pas lui-même un disciple de Jésus ? Si l'autorité est ce que vous recherchiez, pourquoi ne pas attribuer votre Évangile anonyme directement à Pierre, le chef des apôtres ? Ou à André, son frère ? D'ailleurs, pourquoi ne pas aller directement au sommet et attribuer votre Évangile à Jésus lui-même ? De telles attributions aux apôtres et autres témoins oculaires sont exactement ce que nous trouvons lorsque nous regardons les soi-disant "évangiles perdus" - également connus sous le nom d'évangiles apocryphes (du mot grec apocryphon, qui signifie "livre caché"). Pratiquement tous les spécialistes s'accordent à dire que les évangiles apocryphes - comme l'évangile de Pierre, l'évangile de Thomas et l'évangile de Judas - sont des faux qui ont été attribués à tort aux disciples de Jésus bien après la mort des apôtres. Notez qu'aucun des évangiles apocryphes ultérieurs n'est attribué à des non témoins oculaires comme Marc et Luc. Les faux évangiles ultérieurs sont attribués à des personnes ayant un accès direct à Jésus : des personnes comme Pierre, ou l'apôtre Thomas, ou Marie Madeleine, ou Judas, ou même Jésus lui-même.  Ils ne sont jamais attribués à de simples disciples ou compagnons des apôtres. Pourquoi ? Parce que ce sont les auteurs des évangiles apocryphes qui ont voulu donner à leurs écrits une autorité bien nécessaire en les attribuant faussement à des personnes ayant les liens les plus étroits avec Jésus. En bref, la théorie des évangiles anonymes n'explique pas seulement le manque de preuves manuscrites, mais aussi pourquoi les évangiles de Marc et de Luc ne sont pas attribués à des témoins oculaires et à des compagnons de Jésus. En effet, lorsqu'elle est soumise à un examen critique, l'invraisemblance globale de la théorie est remarquable. Bien sûr, la faiblesse de cette théorie ne permet pas à elle seule de répondre à la question de savoir qui a réellement écrit les évangiles; » [77] 


Darrell Bock : 

  • « Considérez les deux évangiles associés à des personnages non reconnus comme apôtres - Marc et Luc. Marc. Pensez au curriculum vitae de Marc. Son "curriculum vitae", si vous voulez. Son CV est qu'il n'a pas réussi à faire le premier voyage missionnaire. Il est rentré chez sa mère parce que la pression était trop forte pour lui. La deuxième partie de son CV est qu'il a provoqué une rupture entre Paul et Barnabé avant qu'ils ne partent en mission. Est-ce que cela ressemble à un personnage que vous allez recommander en tant qu'auteur pour soutenir l'appui d'un évangile ? N'oubliez pas que si l'auteur est inconnu, le nom est "X", vous pouvez donc y mettre qui vous voulez. Pourtant, c'est Marc qui y va. Mark ne se présente pas comme un personnage de premier plan capable de renforcer la crédibilité d'un évangile. Certaines personnes suggèrent que ce n'est pas seulement Marc, mais comme il était lié à Pierre, c'est vraiment Pierre qui est derrière cet évangile. Ce serait intéressant. Si vous pouvez mettre n'importe quel nom pour "X", y compris un apôtre (comme pour Matthieu et Jean), alors pourquoi ne pas mettre Pierre ? Cela résoudrait instantanément votre problème de crédibilité. La tradition évangélique ne fait pas cela. Elle indique très clairement que Marc est responsable de l'évangile, mais qu'il a interagi avec Pierre pour le produire. Il me semble que cela prouve que la tradition évangélique essaie de faire très  attention à la façon dont elle énonce ses origines, et ne "saute pas le pas" en termes de crédibilité.  Luc est souvent associé au troisième évangile et présenté comme le représentant de Paul. Ainsi, le troisième évangile est généralement associé à Paul d'une manière ou d'une autre. Là encore, réfléchissez aux candidats qui pourraient se présenter dans la case "X" pour l'auteur ou pour Luc. Qui d'autre a travaillé avec Paul qui pourrait donner à cet évangile une crédibilité potentielle ? Barnabé, Timothée, Tite, Silas, Apollos, etc. Il y a de nombreuses personnes qui ont une meilleure expérience que Luc pour renforcer la crédibilité. Il s'agissait essentiellement d'un disciple inconnu - qui était peut-être médecin dans l'ombre - dont nous ne savons pas grand-chose d'autre. Alors, la théorie alternative  "X" fonctionne-t-elle vraiment ? Lorsque nous l'examinons de près, la réponse est non ; cette théorie ne fonctionne vraiment pas. La question se pose alors : "Pourquoi ces personnages quelque peu obscurs, dont certains ont une histoire douteuse, sont-ils associés aux auteurs de ces œuvres ? Il est plus probable que c'est parce que la tradition savait quelque chose sur la paternité de ces livres, et c'est ce qui a été transmis. » [78] 


Michael J.Kruger : 

  • « Tout d'abord, les titres des livres. Ehrman affirme que les titres attachés à ces documents ont été ajoutés plus tard, probablement bien avant le IIe siècle, sinon à la fin du IIe siècle. Mais cette affirmation se heurte à un certain nombre de problèmes. Nos premiers manuscrits de ces textes évangéliques portent tous le titre qui leur est attaché. Ainsi, d'après ce que nous pouvons voir, ces évangiles portaient les titres. De plus, il faut se poser la question suivante : "si ces titres ont été ajoutés tardivement, comment se fait-il que nous ayons une telle uniformité dans ce que ces documents rappellent ? Par exemple, si l'évangile de Matthieu n'a été appelé "évangile de Matthieu" qu'à la fin du IIe siècle, pourquoi n'avons-nous pas plusieurs exemplaires des évangiles de Matthieu avec des titres et des noms différents ? Et le fait est que ce n'est pas le cas. Nous constatons une incroyable uniformité dans l'ensemble des titres de ces évangiles : l'évangile de Matthieu s'appelle "Matthieu" ; celui de Marc s'appelle "Marc". Cette uniformité est étonnante - ce à quoi nous ne nous attendrions pas si les titres étaient ajoutés plus tard.  Une autre chose qui indique que les titres ont été ajoutés tôt, c'est le fait que nous avons inclus Marc et Luc dans la liste des titres. Au IIe siècle, lorsque les évangiles apocryphes étaient écrits, les titres étaient souvent choisis de manière à ce que certains des noms les plus populaires y soient attachés. Nous avons donc quelque chose comme "L'Évangile de Pierre", qui était un évangile apocryphe. Les gens voulaient associer les noms des apôtres les plus populaires à leurs œuvres pour essayer de leur donner plus d'autorité. Donc, si les noms ont été choisis arbitrairement pour ces évangiles au IIe siècle, pourquoi auraient-ils choisi Marc et Luc ? Ils n'étaient pas les personnages les plus populaires du début du christianisme. Il n'y a aucune raison de penser que leurs noms auraient donné un élan supplémentaire à un évangile particulier. Ce ne sont pas les noms que l'on s'attendrait à voir choisis s'ils étaient choisis arbitrairement au milieu ou à la fin du IIe siècle. En fait, nous savons par d'autres sources que l'évangile de Marc est en fait le témoignage de Pierre. Marc prétend que ce qu'il écrit sont les paroles de Pierre. Si c'est le cas, pourquoi ne pas appeler l'Evangile de Marc "l'Evangile de Pierre" ? Cela aurait beaucoup plus de sens. Au lieu de cela, il conserve le titre "L'Évangile de Marc", même si ce n'est pas le personnage le plus célèbre que l'on puisse attribuer au livre. Cela suggère l'intégrité historique, la modestie et la vérité. Cela suggère que les titres que nous avons de ces évangiles sont les titres des personnes qui les ont écrits.  Il existe d'autres preuves de la raison pour laquelle nous savons que les Evangiles sont écrits par Matthieu, Marc, Luc et Jean. Nous disposons d'un témoignage patristique très solide à cet égard. Papias, qui était évêque de l'église au début du deuxième siècle, nous dit et nous confirme que Matthieu était l'auteur de "Matthieu" et que Marc était l'auteur de "Marc". Papias prétend avoir entendu prêcher l'Évangile de Jean. Si cela est vrai, il n'était alors qu'à un pas des apôtres eux- mêmes. En outre, un père de l'église de la fin du IIe siècle, Irénée, nous dit que ces quatre évangiles ont été écrits par Matthieu, Marc, Luc et Jean. D'où Irénée aurait-il tiré ses  informations ? On nous dit dans d'autres écrits chrétiens anciens qu'Irénée était un disciple de Polycarpe. Polycarpe était un disciple de l'apôtre Jean. Donc, tout ce qu'Irénée nous dit sur les auteurs des Évangiles, il l'a très probablement obtenu de Polycarpe, qui l'a obtenu de l'apôtre Jean. C'est une séquence historique très fiable. Il y a de bonnes raisons de penser qu'Irénée connaît mieux les auteurs des évangiles que les érudits modernes d'aujourd'hui. Si nous le prenons au mot, alors nous avons toutes les raisons de penser que les évangiles sont écrits par les noms qui leur sont attachés - Matthieu, Marc, Luc et Jean. » [79]



C. Jean 


L’évangile de Jean et le seul évangile à se revendiquer comme provenant d’un témoin oculaire sous le nom du « disciple que Jésus aimait », on trouve cette mention du disciple que Jésus aimé à quatre reprises :

  • 13:23 Or, l'un d'eux était couché sur le sein de Jésus ; c'était celui que Jésus aimait.

  • 19.26 Jésus ayant vu sa mère, et auprès d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : "Femme, voilà votre fils." 27 Ensuite il dit au disciple : "Voilà votre mère." Et depuis cette heure-là, le disciple la prit chez lui.

  • 20.2 Elle courut donc, et vint trouver Simon-Pierre et l'autre disciple que Jésus aimait, et leur dit : "ils ont enlevé du sépulcre le Seigneur, et nous ne savons où ils l'ont mis." 

  • 21.20 Pierre, s'étant retourné, vit venir derrière lui, le disciple que Jésus aimait, celui qui, pendant la cène, s'était penché sur son sein, et lui avait dit : "Seigneur, qui est celui qui vous trahit ?" 21 Pierre donc, l'ayant vu, dit à Jésus : "Seigneur, et celui-ci que deviendra-t-il ?" 22 Jésus lui dit : "Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ? Toi, suis-moi !" 23 Le bruit courut donc parmi les frères que ce disciple ne mourrait point. Pourtant Jésus ne lui avait pas dit qu'il ne mourrait pas, mais "Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ?" 24 C'est ce même disciple qui rend témoignage de ces choses et qui les a écrites ; et nous savons que son témoignage est vrai.

La mention du disciple bien aimé en 13.23 nous apporte une information de taille puisque le disciple est présent au dernier repas, d’après les synoptiques (Matthieu 26.20, Marc 14.17) seul les douze apôtres sont présents (en prenant en compte ce fait la position de Bauckham devient compliqué), le disciple que Jésus aimé doit donc être cherché dans le cercle des douze, à savoir :

  1. Pierre (Simon-Pierre) 

  2. André (frère de Pierre) 

  3. Jacques le Majeur 

  4. Jean (fils de Zébédée) 

  5. Philippe 

  6. Barthélemy (Nathanaël)

  7. Thomas 

  8. Matthieu 

  9. Jacques le Mineur (fils d'Alphée) 

  10. Jude (appelé aussi Thaddée) 

  11. Simon le Zélote 

  12. Judas Iscariote

Nous pouvons éliminer Judas qui est mort avant que Jésus ne soit crucifié (Matthieu 27.5, Actes 1.18), le disciple est à plusieurs reprises mentionné au coté de Pierre (13.13; 20.2-9; 21.20) donc n’est pas ce dernier, pendant le dernier repas qui couvre Jean chapitre 13 à 16 sont mentionné d’autres apôtres en plus du disciple que Jésus aimait, Thomas (14.5), Philippe (14.8) et Jude (14.22) donc ces trois derniers ne sont probablement pas le disciple aimé. Il ne peut pas non plus être Jacques qui est mort sous Agrippa 1er (Actes 12.1-2).

La liste des candidats doit donc être réduite à :

  1. André

  2. Jean fils de Zébédée

  3. Barthélemy

  4. Matthieu

  5. Jacques le Mineur

  6. Simon le Zélote 

Dans le quatrième évangile, le disciple bien aimé est mis en relation étroite avec Pierre (13.21-26; 20.1-9; 21.17-22). Dans les synoptiques nous retrouvons cette relation entre Pierre et Jean accompagné de Jacques.

Seul Pierre, Jean et Jacques ont accompagnés Jésus pour la résurrection de la fille de Jaïre (Marc 5.37), pour la transfiguration (Marc 9.2) et pendant l’agonie de Jésus à Géthsémani. Pierre et Jean sont aussi mentionnés ensemble évangélisant en Actes 3.1 et 8.14 et Paul mentionne Jacques, Pierre et Jean comme étant les « colonnes ». Dans le quatrième évangile Jean le fils de zébédée n’est d’ailleurs jamais mentionné par son nom et comme le dit Michael J.Kruger « s’il n’est pas le disciple que Jésus aimé, alors où est-il ? [80] » 

Ces parallèles appuient l’identification du deuxième évangile à l’apôtre Jean fils de Zébédée comme l’avait rapporté Irénée de Lyon, Brant Pitre après étude des parallèles conclut «  En bref, si nous suivons à la fois les preuves internes de l'Évangile de Jean (y compris le titre) et les preuves externes d'autres écrits, il y a tout lieu de conclure que l'Évangile est attribué à Jean, le fils de Zébédée, un témoin oculaire de Jésus de Nazareth et un disciple bien-aimé. [81] » de même pour Michael J.Kruger « la meilleurs explication pour tous ces facteurs est que le disciple que Jésus aimé est Jean le fils de Zébédée [82]» et D B.Wallace « Dans l'ensemble, il existe de nombreuses excellentes raisons - à la fois externes et internes - pour l'acceptation du quatrième évangile comme ayant été rédigé par l'apôtre Jean. ». [83]


D’autres éléments internes à l'évangile démontrent une connaissance solide de Jean, non seulement sur les coutumes juives mais aussi sur l’archéologie et la géographie.

Jean connait parfaitement bien les coutumes juives puisqu’il mentionne :

  • Les rites de purifications - Jean 2, 6 Or il y avait là six jarres de pierre, destinées aux purifications des Juifs, et contenant chacune deux ou trois mesures.

  • Les coutumes funéraires Jean 19, 40 Ils prirent donc le corps de Jésus et le lièrent de linges, avec les aromates, selon le mode de sépulture en usage chez les Juifs.

  • Les fêtes, en particulier la Pâque, Jean 11, 55 Or la Pâque des Juifs était proche et beaucoup de gens montèrent de la campagne à Jérusalem, avant la Pâque, pour se purifier.

  • La fête des Tabernacles, Jean 7, 2 Or la fête juive des Tentes était proche.

  • La fête de la dédicace qui a lieu en hiver, Jean 10, 22 Il y eut alors la fête de la Dédicace à Jérusalem. C'était l'hiver.

  • La fête anonyme (qui est probablement la fête du nouvelle an), Jean 5, 1 Après cela, il y eut une fête des Juifs et Jésus monta à Jérusalem.

  • Il connait la loi juive du témoignage judiciaire "Jean 8, 17 et il est écrit dans votre Loi que le témoignage de deux personnes est valable". 

  • Il a l'expérience de l'attitude supérieure affichée par ceux qui ont eu une formation rabbinique vis-à-vis de ceux qui n'ont pas eu cet avantage : "Jean 7, 49 Mais cette foule qui ne connaît pas la Loi, ce sont des maudits!", attitude que l'on retrouve chez Rabbi Hillel dans le Pirque Aboth ii6 "Nul ignorant n'est pieux ». [84]

Cette connaissance précise de Jean au sujet des coutumes, des croyances et des méthodes d'argumentations juives a conduit un grand érudit rabbinique, Israel Abrahams à déclarer : "Personnellement, j'ai l'impression, sans pour autant lui attribuer une date reculée, que ce quatrième évangile incarne une tradition réelle d'un aspect de l'enseignement de Jésus qui n'a pas trouvé place dans les Synoptiques ». [85]

Passons maintenant aux connaissances géographiques et archéologiques de Jean.

  • Jean 4.46 Car eux aussi étaient allés à la fête. Il retourna donc à Cana en Galilée, où il avait changé l'eau en vin. Or, il y avait un officier du roi dont le fils était malade à Capharnaüm. 47 Ayant appris que Jésus arrivait de Judée en Galilée, il alla vers lui, et le pria de descendre, pour guérir son fils qui était à la mort. 48 Jésus lui dit ; "Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croyez point." 49 L'officier du roi lui dit : "Seigneur, venez avant que mon enfant ne meure ;" 50 "Va, lui répondit Jésus, ton enfant est plein de vie." Cet homme crut à la parole que Jésus lui avait dite et partit. 51 Comme il s'en retournait, ses serviteurs vinrent à sa rencontre, et lui apprirent que son enfant vivait. 52 Il leur demanda à quelle heure il s'était trouvé mieux, et ils lui dirent : "hier, à la septième heure, la fièvre l'a quitté." 53 Le père reconnut que c'était l'heure à laquelle Jésus lui avait dit : "ton fils est plein de vie", et il crut, lui et toute sa maison.

Dans cet épisode l’officier du roi prie Jésus, qui est à Cana en Galilée de « descendre (en grec καταβαίνω) » pour guérir son fils à Capharnaüm, comme le souligne Bruno Bioul, Jean utilise ici un verbe qui signifie qu’il faut quitter une place situé en hauteur pour aller dans un lieu situé plus bas [86], pour qu’elle raison Jean utilise donc le verbe « καταβαίνω » ? Parce que Cana est à près de trois cents mètres au-dessus du niveau de la mer alors que le village de Capharnaüm se trouve environ deux cents mètres en dessous, cinq cents mètres de dénivelé sur trente kilomètres sépare les deux villages. C’est pour cette raison que dans Jean 4.52 quand le fonctionnaire demande à ses serviteurs quand son fils a été guéri ils lui répondent « hier à la septième heure », la distance qui sépare les deux villages a obligé le fonctionnaire à marcher pendant toute une journée avant d’arriver le soir à Capharnaüm. [87]

La péricope qui fait suite à cette épisode contient un détail similaire « Jean 5.1 Après cela, il y eut une fête des Juifs, et Jésus monta à Jérusalem » Ici Jean utilise « ανεβη (monta) » pour faire référence à la marche de Jésus de Capharnaüm à Jérusalem pour la simple raison que Jérusalem se situe aux alentours de 700-800 mètres d’altitude, Bruno Bioul conclut « peut-on inventer des détails si abondants en apparence et pourtant si chargés d’informations acquises de visu ? » [88]


Connaissance archéologique.

En 5.1-18 Jean nous parle de la piscine de Bethesda à cinq portiques (5.2) dans laquelle des gens venaient chercher la guérison, les fouilles archéologique ont révélé que la piscine était composé de deux bassins entouré de quatre colonnades séparé par une cinquième conformément à ce que rapporte l’apôtre.[89]

En 9.1-6 Jésus applique de la boue sur les yeux d’un aveugle pour le guérir, au verset 7 il lui demande d’aller se laver au bassin de Siloé. Des fouilles archéologiques effectuées en 2004 à Birket el-Harra ont révélés les vestige d’un bassin qui n’était pas encore connu, des indices numismatiques (pièce de monnaie) datant de la période hasmonéenne (90 av J.C) et de la période de la révolte juive (63 ap J.C) démontre que le bassin était en usage à l’époque de Jésus et s’accorde parfaitement avec le texte de Jean. [90]


Deux arguments sont souvent évoqués pour nier la paternité du quatrième évangile à Jean. 

  1. En Jean 21.24 il est question du disciple bien aimé qui parle de lui à la troisième personne du singulier puis qui parle à la première personne du pluriel et à la première du singulier, jamais Jean n’aurait parlé de lui de cette façon.

  2. En Actes 4.13 Jean est décrit comme un homme sans instruction « Lorsqu'ils virent l'assurance de Pierre et de Jean, sachant qu'ils étaient des hommes sans instruction (αγραμματοι qui littéralement signifie illettrés) et du commun, ils étaient étonnés, et ils les reconnaissaient pour avoir été avec Jésus. » Comment un homme sans instruction voir illettré aurait-il pu écrire le quatrième évangile ? 

Jean 21.24 un problème de grammaire ?

Cet argument ignore totalement la grammaire de l’évangile de Jean, en 3.10-13 Jésus parle à la première personne du singulier puis à la première du pluriel et à la troisième personne du singulier, cet argument est donc caduc.

  • 3.10 Jésus lui dit : "Tu es le docteur d'Israël, et tu ignores ces choses ! 11 En vérité, en vérité, je te le dis, nous disons ce que nous savons, et nous attestons ce que nous avons vu, mais vous ne recevez point notre témoignage. 12 Si vous ne croyez pas quand je vous parle des choses qui sont sur la terre, comment croirez-vous si je viens à vous parler de celles qui sont dans le ciel ?  13 Et nul n'est monté au ciel si ce n'est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme qui est dans le ciel. [91]


Jean un apôtre illettré ? Les réponses :

  1. L’évangile de Jean a été écrit dans les années 90, Jean a donc eu plus d’une cinquantaine d’années pour s’améliorer et il a surtout eu pour maitre Jésus pendant 3ans. En exemple de comparaison il y a Rabbi Akiba qui était illettré jusqu’à l’âge de 40ans après quoi il devint l’un des plus grand rabbin de sa génération. [92]

  2. L’expression « αγραμματοι » à lumière du contexte (l’étonnement des pharisiens devant Pierre et Jean) doit signifier que Pierre et Jean était sans instruction formelle, Paul Rhodes Eddy et Gregory Boyd disent à ce propos « le terme agrammatoi n'implique rien de plus que le fait que ces deux-là n'ont jamais reçu d'éducation formelle - un fait qui n'est guère surprenant puisqu'ils étaient pêcheurs ». [93]

  3. L’écrivain grec Epictète au premier siècle parle d’un homme « écrivant de manière «illettré (agrammatōs) [94], donc le terme utilisé dans Actes 4.13 ne parle pas forcément d ’« illettré » et Platon utilise ce terme pour parler de personnes « sans éducations » et non d’illettrés. [95]

  4. L’étonnement des pharisiens vient des compétences de Pierre et Jean alors qu’ils n’auraient pas du être si compétents et non du fait qu’ils sont ignorants alors qu’ils auraient du être plus compétents, en conclusion d’après les pharisiens, Pierre et Jean ne sont plus des ignorants. [96]

  5. Jean a pu faire appel à un amanuensis (copiste qui écrit sous dicté) pour composer son évangile, cette pratique était courante au premier siècle comme en témoigne Romains 16.22 « Je vous salue dans le Seigneur, moi Tertius, qui ai écrit cette lettre. ». Cette solution est adopté (entre autre) par Francis Martin et William M.wright. [97]

Nous avons avec l’évangile de Jean, un évangile qui se revendique être écrit par un témoin oculaire, des preuves qui confirment une connaissance solide des coutumes juives, une connaissance archéologique et géographique très précise, une tradition solide avec Irénée de Lyon, en bref le quatrième évangile à tout d’un texte d’une importance capitale.

Avec la théorie des évangiles anonymes on ne peut expliquer l’uniformité des témoignages tant internes qu’externes, je conclut cet article avec les mots de Brant Pitre (dont je me suis énormément inspiré) :


« la théorie des Évangiles anonymes ne rend pas justice non seulement aux preuves internes des manuscrits les plus anciens, mais aussi aux preuves externes des premiers écrits chrétiens en dehors du Nouveau Testament. » [98]


1.https://www.facebook.com/AntiShubohatFROfficiel/photos/a.380646148726259/577980005659538 ; https://www.jeuxvideo.com/copaindemerrino/forums/message/805124708

2. Brant Pitre,The case for Jesus, p20. J’ai élargie la date du codex Washingtonianus au sixième siècle contrairement à Brant Pitre qui donne « quatrième/cinquième siècle », la datation a récemment été discutée, voir Dirk Jongkind, An introduction to the greek New testament, pour la datation des P66 P75 voir https://larryhurtado.wordpress.com/2019/10/22/the-gospels-the-quran-and-a-level-playing-field/

3. Brant Pitre,The case for Jesus, pp19-21

4. Eusèbe, H.E., III, 39, 15.

5. Justin, dialogue avec Tryphon 103.8

6. Justin, dialogue avec Tryphon 106.3

7. Irénée de Lyon, contre les hérésies III, 1.1

8. David Alan Black, Why four Gospels ?, chap2

9. http://pascal.dupuy.chez-alice.fr/Lexique/muratori.htm

10. Eusèbe, H.E., II, 15, 1-2.

11. Tertullien, contre Marcion 4,2.5

12. Eusèbe, H.E., VI, 25.4

13. Hippolyte de Rome, commentaire sur Daniel, I.17

14. https://www.gutenberg.org/files/36539/36539-h/36539-h.htm voir 77

15. Cyprien de Carthage, lettre 73

16. Eusèbe, H.E., III, 39, 3-7

17. Eusèbe, H.E., III, 39, 1-2

18. Irénée de Lyon, Contre les hérésie,V, 33, 4

19. Richard Bauckham, Jesus and the Eyewitnesses : The Gospels as Eyewitness Testimony, chap 2 et 16

20. D A.Carson & D J.Moo, Introduction au Nouveau Testament, p118

21. D A.Carson & D J.Moo, Introduction au Nouveau Testament, p204

22. D A.Carson & D J.Moo, Introduction au Nouveau Testament, p207

23. D A.Carson & D J.Moo, Introduction au Nouveau Testament, p118

24. https://www.michaeljkruger.com/did-papias-know-the-apostle-john/

25. Eusèbe, H.E., III, 39,9

26. Richard Bauckham, Jesus and the Eyewitnesses : The Gospels as Eyewitness Testimony, p16

27 .Irénée de Lyon, Contre les hérésie, III, 3.4

28. Craig A.Evans, Fabricating Jesus: How Modern Scholars Distort the Gospels, Introduction

29. https://youtu.be/ISAQh3hUc8A (27:00)

30. D A.Carson & D J.Moo, Introduction au Nouveau Testament, pp121-122

31. Craig S.Keener, A Commentary on the Gospel of Matthew, Introduction

32. Reggie M.Kidd, A Biblical-Theological Introduction to the New Testament, chap 1, pp30-

33. Craig A.Evans, Matthew New Cambridge Bible Commentary, Introduction

34. https://bible.org/seriespage/matthew-introduction-argument-and-outline

35. Richard Bauckham, Jesus and the Eyewitnesses : The Gospels as Eyewitness Testimony, chap 9

36. David F.Farnell, How reliable are the Gospels ?

37. Paul Rhodes & Gregory A.Boyd, The Jesus Legend, chap 9

38. Brant Pitre,The case for Jesus, p40 ; On pourrait objecter qu'Epiphane de Salamine dans Panarion 51 3.2-4 dit que les disciples de Cérinthe prétendent que l'évangile de Jean a été écrit par Cérinthe mais cette affirmation est difficile à prendre au sérieux puisque les disciples de Cérinthe rejetaient l'évangile de Jean, comment pourraient-ils rejeter l'évangile de Jean en disant qu'il provient de leur maitre Cérinthe ? Comme le dit Epiphane "'ils ne comprennent ni ce qu'ils disent ni ce qu'ils affirment" Panarion 51 4.1

39. Brant Pitre,The case for Jesus, p24

40. La Bible avec notes d’étude archéologiques et historiques, p1800 (Je n'ai cité la mention d'Origène car il s'agit d'une erreur, Origène à toujours considéré l'épitre aux Hébreux comme venant de Paul)

41. Brant Pitre,The case for Jesus, p22

42. D A.Carson & D J.Moo, Introduction au Nouveau Testament, p139

43. Curtis Mitch & Edward Sri, The gospel of Matthew, p17

44. Christian B.Amphoux, Manuel de critique textuel du Nouveau Testament, p200

45. Michna, Avot 3.2, voir aussi Talmud de babylone, Yoma 86b-87a

46. Curtis Mitch & Edward Sri, The gospel of Matthew, p232

47. https://youtu.be/_6QK50xrfL4

48. D A.Carson & D J.Moo, Introduction au Nouveau Testament, p122

49. https://bible.org/seriespage/1-matthew-introduction-argument-and-outline

50. Ibid

51. Richard Bauckham, Jesus and the Eyewitnesses : The Gospels as Eyewitness Testimony, pp108-112

52. D A.Carson, Matthew  The Expositor’s Bible Commentary, Mt 9.9

53. Brant Pitre,The case for Jesus, pp81-85

54. https://bible.org/seriespage/1-matthew-introduction-argument-and-outline

55. Craig Keener, The IVP Bible Background COMMENTARY New Testament SECOND EDITION, p44

56. Brant Pitre,The case for Jesus, p30

57. Paul Rhodes & Gregory A.Boyd, The Jesus Legend, chap 6

58. Curtis Mitch & Edward Sri, The gospel of Matthew, p17

59. https://bible.org/seriespage/1-matthew-introduction-argument-and-outline

60. Brant Pitre,The case for Jesus, p29

61. Peter J.Williams, Can we trust the Gospel ?, pp70-71

62. D A.Carson, Matthew  The Expositor’s Bible Commentary, introduction

63. Craig Blomberg, Jesus and the Gospels, p177

64. Craig A.Evans, Matthew New Cambridge Bible Commentary, Introduction

65. https://bible.org/seriespage/1-matthew-introduction-argument-and-outline

66. Curtis Mitch & Edward Sri, The gospel of Matthew, p17

67. D A.Carson & D J.Moo, Introduction au Nouveau Testament, p149

68. Ibid ; Benjamin Gladd, A Biblical-Theological Introduction to the New Testament, chap 2, p67. ; Daniel Wallace, https://bible.org/seriespage/2-mark-introduction-argument-and-outline

69. https://bible.org/seriespage/2-mark-introduction-argument-and-outline

70. Benjamin Gladd, A Biblical-Theological Introduction to the New Testament, p67

71. Bruno Bioul, Les Évangiles à l’épreuve de l’histoire, p206 

72. Bruno Bioul, Les Évangiles à l’épreuve de l’histoire, p207

73. Bruno Bioul, Les Évangiles à l’épreuve de l’histoire, pp275-276

74. Peter J.Williams, Can we trust the Gospel ?, p70

75. D A.Carson & D J.Moo, Introduction au Nouveau Testament, p180 ;  La Bible avec notes d’étude archéologiques et historiques, p1475

76. Paul Rhodes & Gregory A.Boyd, The Jesus Legend, chap 9

77. Brant Pitre,The case for Jesus, pp25-26

78. http://ehrmanproject.com/did-matthew-mark-luke-and-john-actually-author-the-gospel-accounts

79. http://ehrmanproject.com/who-wrote-the-gospels

80. Michael J.Kruger, A Biblical-Theological Introduction to the New Testament, p117

81. Brant Pitre,The case for Jesus, pp35-36

82. Michael J.Kruger, A Biblical-Theological Introduction to the New Testament, p117

83. https://bible.org/seriespage/gospel-john-introduction-argument-outline

84. F.F Bruce, Les documents du Nouveau Testament peut-on s'y fier ? pp 55-56

85. Ibid

86.Bruno Bioul, Les évangiles à l'épreuve de l'histoire ,pp287-288

87. Ibid

88. Ibid

89. La Bible avec notes d’étude archéologiques et historiques, p1541 ; Bruno Bioul, Les évangiles à l'épreuve de l'histoire ,p289-290

90. La Bible avec notes d’étude archéologiques et historiques, p1550 ; Bruno Bioul, Les évangiles à l'épreuve de l'histoire ,pp291-292

91. Brant Pitre,The case for Jesus, p35

92. D A.Carson, Évangile selon Jean, p74

93. Paul Rhodes & Gregory A.Boyd, The Jesus Legend, chap 6

94. Epictète, discours 2.9-10 ; Brant Pitre Case for Jesus, p37

95. Luke Timothy Johnson, Acts, p78

96. D A.Carson, Évangile selon Jean, p74

97. Francis Martin & William M.wright, The Gospel of John, pp15-18

98. Brant Pitre,The case for Jesus, p50

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