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Une erreur géographique en Luc 4.44 et 17.11 ?


1) Luc 4:44 Et il prêchait dans les synagogues de la Judée.

En Luc 4.44 il est dit que Jésus prêchait dans les synagogues de la Judée, à première vue le verset ne pose aucun problème. Seulement lorsqu'il est prit dans son contexte on peut y voir une erreur, pourquoi ? Tout simplement parce que dans le contexte la scène ne se déroule pas en Judée mais en Galilée (Luc 4.14 ; 31) et au verset 44 on passe subitement à la Judée. Une analyse de ce problème nous amène à deux solutions possibles pour soutenir que l'évangéliste ne s'est pas trompé.




1.

La première possibilité est de l'ordre de la critique textuelle, en effet il y'a une variante en Luc 4.44. La majorité des manuscrits grecs n'ont pas "Judée" mais "Galilée", Wieland Willker rapporte les données suivantes :

  • Pour Galilée - A, D, X, D, Q, Y, f13, 33, 700, 1071, Maj, Latt, Sy-P, Sy-Hmg, bo(pt), goth

  • Pour Judée - P75, 01, B, C, L Q, R, f1, 22, 131, 157, 579, 892, 1241, al53, Lect, Sy-S, Sy-H, sa, bo(pt) [1]


Si l'on suit la variante "Galilée" le problème disparait, cependant la variante "Galilée" n'est généralement pas considérée comme authentique et les éditions de critiques textuelles adoptent le plus souvent la variante "Judée" [2]. Bien évidement l'argument d'autorité n'est pas une preuve absolue en critique textuelle et la variante "Galilée" peut très bien être authentique. Mais une question demeure, si la variante "Judée" est authentique, comment l'expliquer ?

La deuxième explication consiste à comprendre le language qu'utilise St Luc lorsqu'il parle de la Judée. Quand St Luc mentionne la Judée il le fait de manière strict (Luc 1.38, 65 ; 2.4 ; 3.1 ; 5.17 , 21.21) mais il le fait aussi dans un sens plus large pour désigner l'ensemble du pays des juifs et non la Judée à proprement parler (Luc 1.5 ; 6.17 ; 7.17 ; 23.5 ; Actes 10.37). Ainsi lorsqu'il mentionne la Judée en 4.44 il peut très bien parler de la Galilée. Une explication d'une utilisation large du terme "Judée" a été judicieusement émise par I.H Marshall, ce dernier a expliqué que lorsque que la Judée et la Galilée étaient sous l'autorité d'un même souvenir elles étaient considérés comme une seule terre [3]. Ce fait est confirmé par d'autres auteurs comme Pline l'ancien, Tacite, Strabon et Don Cassius qui ont eux aussi utilisés le terme "Judée" dans un sens large incluant la Galilée :


Pline l'ancien

Au delà de l'Idumée et de la Samarie s'étend la Judée dans un grand espace. La partie qui tient à la Syrie s'appelle Galilée; celle qui est voisine de l'Arabie et de l'Égypte s'appelle Pérée, parsemée d'âpres montages, et séparée par le Jourdain du reste de la Judée. La Judée même est divisée en dix toparchies, dans l'ordre suivant : celle de Jéricho, plantée de palmiers, arrosée de sources; celle d'Emmaüm, celle de Lydda, celle de Joppé, celle d'Acrabatène, celle de Gophna, celle de Thamna, celle de Bethleptephe, telle d'Orine, ou fut Jérusalem, la plus célèbre des villes non de la Judée seulement, mais de l'Orient; celle d'Herodium, avec une ville illustre du même nom.

[...]

A l'occident, mais à une distance du rivage où il n'y a rien à craindre des exhalaisons, sont les Esséniens, nation solitaire, singulière par-dessus toutes les autres, sans femme, sans amour, sans argent, vivant dans la société des palmiers. Elle se reproduit de jour en jour, grâce à l'affluence de nouveaux hôtes; et la foule ne manque pas de ceux qui, fatigués de la vie, sont amenés par le flot de la fortune à adopter ce genre de vie. Ainsi, pendant des milliers de siècles, chose incroyable, dans une nation chez laquelle il ne naît personne, tant est fécond pour elle le repentir qu'ont les autres de leur vie passée. Au-dessous d'eux fut la ville d'Engadda, ne le cédant qu'a Jérusalem pour la fertilité et ses bois de palmiers; maintenant c'est un monceau de cendres comme Jérusalem. De là on arrive à Masada, château sur un rocher, qui n'est pas loin, non plus, du lac Asphaltite. Voilà pour la Judée. [4]


Tacite

II était en effet désintéressé, en comparaison de son frère surnommé Félix, depuis longtemps procurateur en Judée, et qui, soutenu de l'énorme crédit de Pallas, croyait l'impunité assurée d'avance à tous ses crimes. Il est vrai que les Juifs avait donné des signes de rébellion en se soulevant contre l'ordre de placer dans, leur temple la statue de Caïus. Caïus était mort, et l'ordre resté sans exécution, mais la crainte qu'un autre prince n'en donnât un pareil subsistait tout entière. De son côté, Félix aigrissait le mal par des remèdes hors de saison, et Ventidius Cumanus n'imitait que trop bien ses excès. Cumanus administrait une partie de la province : il avait sous ses ordres les Galiléens, Félix les Samaritains, nations de tout temps ennemies, et dont les haines, sous des chefs méprisés, éclataient sans contrainte. Chaque jour on voyait ces deux peuples se piller mutuellement, envoyer l'un chez l'autre des troupes de brigands, se dresser des embuscades, se livrer même de véritables combats, et rapporter aux procurateurs les dépouilles et le butin. Ceux-ci s'en réjouirent d'abord : bientôt, alarmés des progrès de l'incendie, ils voulurent l'arrêter avec des soldats, et les soldats furent taillés en pièces. La guerre eût embrasé la province, si Quadratus, gouverneur de Syrie, ne fût venu la sauver. Les Juifs qui avaient eu l'audace de massacrer nos soldats ne donnèrent pas lieu à une longue délibération : ils payèrent ce crime de leur tête. Cumanus et Félix embarrassèrent davantage le général : car le prince, informé des causes de la révolte, lui avait donné pouvoir de prononcer même sur ses procurateurs. Mais Quadratus montra Félix parmi les juges, et, en le faisant asseoir sur son tribunal, il étouffa les voix prêtes à l'accuser. Cumanus fut condamné seul pour les crimes que deux avaient commis, et le calme fut rendu à la province. [5]


Strabon

Tout le pays qui s'étend au-dessus de la Séleucide, dans la direction de l'Egypte et de l'Arabie, est rangé sous la dénomination de Coelé-Syrie, mais cette dénomination s'applique plus particulièrement au territoire compris entre le Liban et l'Anti-Liban, et l'on se sert de deux autres noms pour désigner le reste du pays, du nom de Phénicie pour désigner la côte étroite et basse qui s'étend depuis Orthosie jusqu'à Péluse et de celui de Judée pour désigner les cantons intérieurs, lesquels se prolongent jusqu'à la frontière de l'Arabie et se trouvent compris entre Gaza et l'Anti-Liban. [6]


Don Cassius

Tels sont les événements qui se passèrent alors en Palestine : c'est l'ancien nom de la contrée qui s'étend depuis la Phénicie jusqu'à l'Égypte, le long de la mer intérieure ; mais elle en prend aussi un autre. Elle se nomme Judée et les habitants s'appellent Juifs. [7]




2) Luc 17:11 Jésus, se rendant à Jérusalem, passait entre la Samarie et la Galilée.

Dans ce verset (Luc 17.11) l'auteur de Luc dit que Jésus s'est rendu à Jérusalem en passant entre la Samarie et la Galilée, hors la Samarie se trouve au sud de la Galilée et si l'on longe la frontière entre les deux cela nous amène à l'est ou à l'ouest mais non au sud en direction de Jérusalem. Comment expliquer cette erreur ?


L'explication la plus simple et cohérente est que St Luc ne détails pas tout le trajet de Jésus en direction de Jérusalem mais mentionne seulement le point de départ. Jésus a effectivement longé la frontière entre la Samarie et la Galilée en direction de l'ouest, il a ensuite longé le Jourdain vers le sud en direction de Jérusalem. Cette interprétation est cohérente avec le récit lucanien, en Luc 9.51-53 le Christ est rejeté par les Samaritains (+ voir Matthieu 10.5 ; Jean 4.9), il aurait donc été naturel de traverser la Samarie en passant le long du Jourdain pour éviter d'éventuels conflits même si il n'était pas interdit de traverser la Samarie par milieu. De plus en Luc 18.35 l'évangéliste nous informe que pendant son voyage en direction de Jérusalem le Christ se trouve à Jéricho, la ville de Jéricho se trouve au bord du Jourdain ce qui s'assemble avec un voyage de Jésus passant entre la Samarie et la Galilée puis longeant le Jourdain vers Jérusalem.





  1. Voir le commentaire sur Luc 4.44 http://www.willker.de/wie/TCG/TC-Luke.pdf , il y'a aussi une troisième variante mais je ne la mentionne pas car je ne la considère pas comme potentiellement authentique

  2. La 28ème édition de Nestle Aland, le Greek New Testament de la Tyndale House et le Greek New Testament SBL ont choisis la variante "Judée", en sens inverse le New Testament in the original greek byzantine textform à adopté la variante "Galilée"

  3. I.H Marshall, Luke historian and theologian, pp69-71

  4. Pline l'ancien, Histoire naturelle, 5.15-16

  5. Tacite, Annales 12.54

  6. Strabon, 16.2.21

  7. Don Cassius, 37.16.5

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